Exit l’effet d’émoi générationnel exercé autour de leurs chemises à carreaux bariolés et bonjour au nouveau cru de Cancer Bats chargé de confirmer que l’on mouille toujours le maillot du côté de l’Ontario. Et pour le coup on ne pourra pas reprocher aux Canadiens d’avoir fait semblant puisque cette nouvelle livraison s’oriente sous les feux de la sagesse et d’un son volontairement plus cossu qu’à l’accoutumé. Un «Bears, Mayors, Scraps and Bones» résolument plus mature et un poil plus conventionnel que pouvait l’être un «Hail Destroyer» ayant généreusement mixé à son époque la douceur de l’ours en rut à des structures mélodiques captivantes.

Ce nouvel opus de Cancer Bats n’est donc foncièrement pas indigeste, mais il suit un peu bêtement les traces du grand frère en retravaillant ses mimiques et ses manières dégingandées lorsque s’avance une bonne partie des morceaux fondés sur un schéma récurrent et répétitif. Soit la formule gagnante du bingo épuisée jusqu’à la moelle et sans grande remise en question de la part des quatre garçons. De «Black Metal Bicycle» affectant les mollets de l’ami Liam Cormier jusqu’à «Make Amends», c’est un tableau assez répétitif et sans grande innovation qui se dessine devant nos yeux. Le son des guitares est toujours aussi énergique – concassant volontiers quelques tibias au passage, mais la légère dose de folie que l’on espérait vient à manquer sur la quasi-totalité des titres. Un morceau comme «Raised Right» exploite bien l’enveloppe charnelle et voluptueuse de la corde grave du groupe en oubliant toutefois de faire vibrer les orifices de ses chers voisins. On pensera notamment à Alexisonfire ou à Everytime I Die ayant dépassé le seul stade de la composition fleuve en agrémentant leurs partitions de vils passages mélodiques, voir d’horizons totalement différents. Soit prendre à revers une partie de son auditoire sans pour autant bannir la marque de fabrique et le générateur d’ambiance qu’est Cancer Bats sur la piste.

Ce nouvel opus est donc résolument plus Southern Rock que prévu avec une très grande tendance à utiliser le sludge comme grande ligne thématique («Doomed To Fail» ; «Dead Wrong»). Une bonne chose considérant les récentes sorties du genre et de la qualité d’un style aussi riche que sournois pour des Canadiens n’ayant connu que le grand Nord. En démêlant d’ailleurs ce «Bears, Mayors, Scraps and Bones» un brin lisse, on finit par tendre des perches à la locomotive «Scared To Death» chargé de relevé le tempo ou encore le single «Darkness» avançant pas à pas vers un début d’illumination sur un pont des plus lubriques. Sort identique pour l’excellente réinterprétation du «Sabotage » des Beastie Boys qui aura eu au moins le mérite de faire monter la mayonnaise sur l’épilogue de cette troisième livraison.

Au final Cancer Bats joue les prolongations et s’emploie à surfer sur ce qu’il sait faire de mieux, à savoir taper dans l’écorce et napper ses compositions d’une bonne couche de sirop d’érable gluant. Toutefois on attendait à plus de discernement de la part de la formation qui nous livre ici un album toujours brut de décoffrage mais malheureusement un poil rébarbatif dans son interprétation.