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Admiral Radley, collaboration entre deux Earlimart et deux ex-Grandaddy, semble on ne peut plus naturelle tant la musique des deux groupes est proche, quasiment des Dupond et Dupont. C’est dire si la sauce était censée prendre et pourtant ce n’est pas spécialement le cas. On a d’un côté une moitié de chansons de Jason Lytle qui sonne très Grandaddy et de l’autre les chansons des membres de Earlimart qui sonnent très Ealimart. Admiral Radley ne développe donc pas un son nouveau mais comme dit plus haut, la base est déjà très proche et ‘I Heart California‘ ne manque jamais de cohérence. Il y a deux traces mais nous sommes seuls.

De même que les Dupondt ne sont pas frères, on note quand même des différences de moustache : l’écriture de saint Jason Lytle est toujours délicatement rustaude et déprimée, moustache vers le bas, celle des Earlimart est délicatement plus complexe et déprimée, moustache vers le haut. Un vague concept, coincer l’amiral Radley, sorte de sergent Poivre californien, et des chansons baignant dans la chaude ironie du pacifique. L’ouverture ‘I heart California‘ donne le ton, on n’évoque pas la Californie des cartes postales mais l’envers du décor, la décadence, la bière, l’Amérique qui part en vrille, la technologie, les amours perdus (que des thèmes très Grandaddy-esques, on ne peut s’empêcher de repenser avec effroi à la prophétique ‘Miner at the dial a view‘ à chaque fois qu’on fait un tour sur Google Earth ou StreetView) et même Star Trek (‘GNDN‘). Les chansons de Dupond (Lytle) sont étonnamment pour une poignée d’entre elles dans la veine pré ‘The Sophtware Slump‘, donc indé rock lo-fi, nous dirons même plus carrément ‘Under the western freeway‘ (‘I’m all Fucked on beer‘, ‘Red curbs‘) et le groupe bricole des arrangements rigolos sur ‘Sunburn kids‘ dans lesquels Lytle cite des pays et les accompagne d’un petit son typique du pays en question. L’ex Grandaddy n’en abandonne pas pour autant ses balades célestes (‘GNDN‘, ‘I left U cuz I luft U‘, ‘I heart California‘) aux harmonies divines, bien plus convaincantes ici que sur son album solo.

Les chansons de Dupont ne suivent qu’une ligne directive : du mid-tempo pop. La juxtaposition avec les titres de Lytle n’est pas forcément à l’avantage de ce dernier, nous dirons même plus que malgré la qualité de ses chansons il se prend une belle branlée de songwriting pop délicatement complexe. Si ce n’était pour la plus grande originalité de ce qu’offre Lytle, on déclarerait presque un KO. Aaron Espinoza et Ariana Murray déroulent tranquillement de ces petites chansons imparables à la manière des Shins mais avec une plus grande constance. ‘The Thread‘ et son ambiance vieillotte de comptine de fête foraine est la plus belle réussite du disque et les quatre chansons chantées par Espinoza sont d’une très grande beauté, de délicieuses mises en orbite émotionnelles.

Plus qu’un album, ‘I Heart California‘ ressemble à une compilation d’inédits de deux groupes ayant la particularité d’être assez proches pour faire sonner le tout de manière cohérente. La petite déception du « et s’ils faisaient vraiment un album à quatre » ne l’emporte pas sur le bonheur d’entendre Lytle revenir à la forme qu’il tenait en étant grand-père et les chansons des deux Earlimart sont assez fantastiques pour balayer les doutes. Le disque idéal de l’été.