The Boxer : petit piège vicieux pour chroniqueur. On se doute bien que Kele n’a pas pensé à mal une seule seconde, et qu’il ne s’est pas mis sur le dos l’enjeu pesant d’un album solo aux questions variées. Le leader de Bloc Party laisse le monde saliver sur son avenir et sur son génie, très relatif mais latent, et affiche une liberté artistique plutôt rassurante.

The Boxer est donc un album electro, synthétique et glacé, qui tient autant du gadget numérique que du manifeste personnel, et autant du disque à buzz que du recueil technoïde intimiste. Au début exigeant, il se laisse apprivoiser, avec pour repères quelques très bons moments pop (les refrains d »Everything You Wanted‘, les guitares indie-à-mort d »Unholy Thoughts‘, le tribal ‘Walk Tall‘), à cueillir parmi les aspirations carrément dancefloor (‘On The Lam’, ‘Tenderoni‘) et les bonnes surprises (‘The Other Side‘, ou Radiohead au pays du beat afro, le planant ‘Yesterday’s Gone‘). Des couleurs variées, mais une étrange noirceur domine : le ton est sérieux, maquillé derrière une poignée de titres dansants et de morceaux parfois anecdotiques (‘Rise‘).

Kele livre un album polymorphe et finalement assez aléatoire dans sa sensibilité : difficile d’être convaincu par tous les morceaux de ce shuffle grandeur nature en même temps. Avec une écoute curieuse et spontanée, The Boxer fait davantage sens et s’apprécie, match par match.