Un massacre. ‘Modern Bodies‘ est un massacre, en 3 temps.

#1. L’attaque sournoise. Elle arrive de nulle part, par surprise. Un coup sec derrière la nuque pour une avalanche de riffs, toujours plus puissants les uns que les autres. La bande de tueurs déboule au mariage pour buter tout le monde, même le mec qui joue de l’orgue (oui, l’organiste). Et que je te balance la sauce sans me soucier d’où je vise, ça part dans tous les sens et les ¾ à côté, mais le peu qui fait mouche est déjà fatal. C’est la première écoute, monstrueuse et dévastatrice, mais assourdissante.

#2. Et oui, le mitraillage, ça fatigue. Une fois l’avalanche reçue en pleine gueule, on a un peu de mal à s’en remettre. Où est le haut ? Où est le bas ? On peut toujours pisser pour vérifier, ça ne change pas grand-chose. Passée la toute toute première fois, les écoutes laissent donc une grosse impression de bordel. Un flou duquel il est difficile de distinguer quelque-chose. On sait juste qu’on en a pris plein les oreilles. C’est déjà pas mal, mais avec juste ça, l’album serait vite rangé.

#3. Reprise de conscience. Une fois allongé dans un bain de son propre sang, on voit les choses différemment. On comprend mieux le carnage qui vient de se dérouler. Les titres prennent forme et laissent apparaitre leur construction : foutrement bordéliques, mais avec une ligne directrice, un fil conducteur suivi sur toute la longueur.
C’est à partir de ce moment-là qu’on admire la réelle qualité des riffs, comme sur ‘Scorpieau‘, ‘NASA vs ESA‘, ‘The Letdown‘, ‘Son of CERN‘, ‘The Pin‘, ‘I Hate This, Do You Like It‘, ‘My Name Is Egg‘, ‘Mandarin Grin‘, ‘Kerosene‘, ‘Gravitonic Life-ray Table‘ et ‘Bottle Rocket‘. Soit tout l’album, puisque chaque morceau possède ses riffs caractéristiques, reconnaissables parmi les autres, et avec ses passages clés attendus, guettés. Le headbang vient naturellement pendant ces instants magiques précédant l’arrivée d’un riff encore plus énorme que les autres. La bousculade initiale est encore là, mais on reste désormais parfaitement conscient de ce qui se passe, et de la façon dont tout ça va se finir.

L’ensemble de l’album se hisse bien au-delà de la simple collection de riffs. Ils sont intelligemment introduits et mis en avant, et surtout pas répétés jusqu’à usure sur toute la durée des titres. Il n’y aucun sentiment de lassitude à l’écoute. Quelques passages un peu plus lents permettent de reprendre son souffle, avant de replonger aussitôt, emporté par la nervosité d’un nouveau riff. Chickenhawk nous balade comme ça sur les titres de l’album, accompagné par un chant qui reste en retrait par rapport aux guitares pour en souligner à nouveau l’importance. De riff en riff, on est forcé de coopérer, mais le groupe sait très bien où ils nous emmènent. Et ce qu’il va nous faire.

Chickenhawk frappe très fort avec ‘Modern Bodies‘, au son brut et extrêmement puissant et bourré d’énergie. Remué et bousculé de bout en bout, on encaisse avec plaisir, jusqu’à finir allongé sur le sol, suffoquant pour le dernier titre, la dernière balle.