L’histoire débute un beau matin, casque dans les oreilles. Le Miles Kane, on n’en pense pas grand-chose c’est donc très surpris que Colour of the trap nous apparait comme un très beau disque. Et si finalement c’était Alex Turner le naze de l’histoire, celui qui a plombé le Last Shadow Puppets ?

L’histoire continue un autre matin, casque sur les oreilles. Suck it & see. Tu parles… Confirmation que Turner est le truand et Miles Kane le bon (casting en cours pour la brute).

Le chroniqueur se précipite donc sur son pc, ouvre un beau doc Word et tapote son pensum sur un mode à la fois revanchard (Turner est un naze et bla et bla et bla) et mea culpa (Kane vaut mieux que [url=http://www.visual-music.org/chronique-911.htm]ce qu’on a écrit sur lui[url] et bla et bla et bla). Un texte ciselé dans un or aussi fin que ses oreilles croyez-moi. Sauf que sauf accident, vous ne verrez jamais ce texte merveilleux mais maudit. Honnêteté intellectuelle oblige. Le postulat de base était faux, les lauriers tout comme les plumes et le goudron mal dirigés. C’est d’ailleurs un peu l’histoire de ce disque. Une méprise car il ne s’agit pas tant du premier album solo de Miles Kane que du second album de Last Shadow Puppets. Et comme l’avait dit le chroniqueur futé : « il se pourrait bien que le prochain Last Shadow Puppets soit une vraie bombe ».

Oui, la raison pour laquelle ce premier texte est obsolète est qu’on croyait que Miles tout seul était derrière ce disque. On se préparait donc -à la lumière terne de Suck it & See– à se foutre allègrement de la fiole d’Alex Turner qui se fait laminer par son pote. Que nenni car les trois quarts du disque sont écrits par Kane et Turner. Ensemble. Comme deux vieilles pédales disait Liam Gallagher. Comme Last Shadow Puppets. Et comme par hasard les quelques moments faiblards du disque sont ceux écrits par Kane seul (exception faite du super Come Closer). Tout un texte bon pour la corbeille mais qu’importe tant il importe que soit dit que Colour of the trap est un très beau disque, finalement peu importe qui est derrière. Et c’est tout ce qui importe. Un superbe disque qu’on se prend en pleine poire et qu’on n’avait pas vu venir. Un album aux arrangements soyeux rappelant Michel Colombier, à l’écriture pop à la fois référencée et originale, avec paradoxalement plus d’idées que dans toute la disco du copain Turner et, mea culpa, de vraies chansons. Un single Come Closer comme du T-Rex (il faudra un jour faire une statue à Marc Bolan), un Rearrange aristocratique, un joli duo plutôt réussi avec la plutôt sexy Clémence Poesy, des changements de tonalité -grand classique on le sait- réussis et pertinents, du rock comme Liam Gallagher en souhaiterait pour son Beady Eye (Better left invisible) et il nous fait même le coup de la ballade céleste et fébrile comme on n’en avait pas entendu depuis What Katie Did des Libertines. Miles Kane joue avec les références en intitulant Quicksand une chanson qui fait penser au Kooks de Bowie joué en accéléré et même lorsqu’il rappelle ce pourquoi on n’avait pas aimé The Rascals, on est cette fois surpris par l’aspect The Coral de la chose (convaincant sur Inhaler, moins sur Kingcrawler…). La superbe chanson titre clôt l’album. On imagine que c’est le disque que voulait faire Carl Barât en solo, une pop classieuse et élégante. Colour of the trap ou le disque qu’on aime alors qu’on doute énormément du talent intrinsèque de la personne qui le signe. Tout l’inverse de Suck it & See. Vivement le troisième.