Ashes & Fire ou le contrepied total des affirmations à la va-vite dont le net est fait.

Fréquemment, un fan ou amateur déçu par la dernière sortie d’un artiste y va de son habituel « Bye bye [insérez ici le nom du groupe/artiste souhaité], je t’ai beaucoup aimé mais je te laisse sur le bord de la route, on ne m’y reprendra plus ». Nos petits Nostradamus savent donc avant de les écouter, avant même leurs conceptions, que les prochaines oeuvres puent du derche parce qu’il semble inconcevable de sortir du bon puis du mauvais et de redresser la barre ensuite. Voilà pour l’obligatoire partie vindicative.

La scène suivante s’est déroulée il y a maintenant quelques années dans un magasin de disques : un type à l’air peu tristounet est entré, a fouillé dans les rayons et a présenté deux disques au vendeur. Gold de Ryan Adams et It’s a shame about Ray des Lemonheads

-Ah Ryan Adams, il est chouette ce disque tu vas voir, dit l’exubérant vendeur qui faisait comme si cela ne faisait pas des années que son client avait ce disque sous une forme qui ne plait pas aux artistes.

-Oui le type est carrément retombé dans l’anonymat depuis son quart d’heure de gloire en 2001, répondit l’acheteur, misanthrope en force.

-Oh mais tu sais c’est cyclique ces trucs là, qui sait un beau jour il va peut être sortir un disque et tout le monde reparlera de lui en bien.

-On se tutoie… ?

Et il semblerait que ce beau jour soit plus ou moins arrivé, c’est un fait, le prophète avait parlé (à lire avec une voix de bande annonce de blockbuster). Il va être difficile de prendre de récents points de repères dans la chaotique discographie de Ryan en solo ou avec ses Cardinals tant on admet qu’aucun de ses albums folk, pop, rock ou metal n’a vraiment tourné plus de deux fois sur la platine depuis Cold Roses mais là avec ce Ashes & Fire, on ne boude pas notre petit plaisir. Sans être génial, ce nouvel album en a assez dans le ventre pour supporter les écoutes répétées et pourrait même prétendre à une place de choix au rayon « confident nocturne ». Assez peu spectaculaire de prime abord, les 11 plus ou moins ballades sont assez homogènes à la défloraison mais se dévoilent à la manière de la danse du même nom, celle où il y en a 7 : doucement, les unes après les autres. Le premier bon point pour Ryan Adams est l’absence totale de cet affreux sentiment qui entache 85% de la production folk, a fortiori de ballades folk, on n’a jamais l’impression d’être en train d’écouter la bande son d’une énième [url=http://gabrieltalbot.com/medias/dawson-crying.jpg]série adolescente[url]. Au contraire il se dégage des Ashes & Fire un sentiment adulte, une impression presque Burt Bacharachienne dans le ressenti (pas dans la musique) de chansons sereines. L’ouverture Dirty Rain s’impose avec les écoutes comme un mini classique à jouer au coin du feu dans un gros pull, aussi peu sexy que ça soit. A quelques rares occasions Ryan a le pull qui a pris feu et chante des choses un peu plus énergiques (Ashes & Fire, Chains of love) qui ont une petite tendance à réveiller le saoul sous Paul Westerberg (qui lui est sans le sou) qui sommeille en lui mais on le préfère retrouvant ses esprits, faisant la sérénade et contant fleurette à la demoiselle tout en harmonisant avec Norah Jones (Dirty Rain, Come home, Save me, Lucky now). Des arpèges chatouillés, des arrangements soyeux, si l’auteur de ses lignes n’avait pas une sainte horreur des dits « disques de saison », on écrirait volontiers que Ashes & Fire est le parfait disque pour l’automne. Et puisqu’on est dans les clichés, son meilleur disque depuis Gold.