Pour l’auteur de cette chronique, l’aura dont bénéficie Thrice chez un grand nombre de nos lecteurs demeure un mystère insoluble. The Alchemy Index, premier opus tombé dans nos oreilles, montrait un groupe certes appliqué et propre, mais très prétentieux et n’ayant clairement pas les moyens de ses ambitions. Raté, c’est le mot oui. L’album suivant Beggars fut moins ampoulé mais tout de même loupé.

Est-ce que Thrice a eu la volonté de revenir au son des débuts (ndr: que nous ne connaissons pas) ? Ou le groupe a-t-il pris conscience de l’inanité de ses dernières sorties ? Nous n’en avons aucune idée, mais toujours est il que Major/Minor est bien meilleur. Pour être exact, il est foutrement bon. Il allie un jeu léché (ce que Thrice a toujours su faire) et un simplicité bienvenue (qu’on ne connaissait pas au groupe). La palette de Thrice s’avère assez large. A l’aise dans un rock gras et vrombissant (Yellow belly, Blur) soutenant largement la comparaison de pointure 90’s du domaine comme Pearl Jam, le quatuor s’en sort également avec brio de l’écueil de balades larmoyantes (Words in the water). Mieux encore, le groupe réussit a garder une approche mainstream tout en piochant allègrement dans le post hardcore Hydra Head, Isis et Cave In en tête. Ainsi breaks chaotiques et envolées spasmophiles s’intègrent parfaitement dans des titres qui n’effraieront pas l’auditeur rock lambda (Call it in the air). Les mélodies ne sont pas fantastiques mais à l’instar d’Incubus, ce qu’on apprécie ici c’est la classe qu’ont les musiciens de Thrice. Techniquement infaillible sans jamais virer à l’onanisme.

Tout n’est pas parfait néanmoins: la voix de Dustin Kensrue est trop pleurnicharde pour ne pas paraître suspecte et certaines chansons comme Disarmed sentent trop la guimauve. Ça n’est pas grand chose comparée à la belle réussite qu’est ce Major/Minor qui, s’il n’est clairement pas le chef d’oeuvre que les fans nous vendent, va certainement contribuer à l’éclosion de Thrice dans les années à venir. Ah, on nous dit dans l’oreillette que le groupe a décidé de faire une longue pause après cet album. Peut-être que c’est ça qui fait que Thrice demeure incompris du grand public: ce groupe a un sens du timing vraiment merdique.