Après la mort par caprice d’Amy Winehouse, les âmes en peine de figure à idolâtrer par son talent vocal ne se comptaient plus. Il ne restait que Lady Gaga, celle qui commence d’ailleurs à lasser avec son attentionwhoring à outrance. Il fallait une remplaçante, vite ! Une remplaçante, oui, mais pas une copie d’Amy. Peut-être même tout le contraire. Une fille toute lisse, qui ne s’illustre pas par sa consommation de… sa consommation quoi, qui ne se fait pas remarquer dans des situations moralement embarrassantes. Non, le destroy on avait déjà donné. Maintenant il fallait passer au sage. Donner l’exemple, tu vois.

Sur tous les plans du showbusiness et même du sport, le processus n’est pas neuf. On comparait le premier album de James Blake à du Phil Collins (après sa musique est devenue tellement boueuse qu’on n’a plus osé rien dire), comme on compare toujours le nouveau simili-prodige de tel club de football à Zidane ou Messi, comme on a le malheur de surnommer Super Mario le moindre joueur plutôt bon qui s’appelle Mario. D’accord, on s’épargnera ici la digression psycho-socio-philosophique sur le thème du besoin d’idoles dans la société. Disons juste qu’ici, on nous a vendu une diva toute neuve, Lana Del Rey. Une potiche ni moche ni jolie, mais dotée d’une voix déjà réputée exceptionnelle. Parlons-en de cette voix.

Une voix un tantinet nasillarde, mais claire. Elle semble constamment chercher l’équilibre sur le fil de la justesse, si bien que l’on imagine sans complexe son instabilité lors d’une performance scénique. Or c’est le cas et elle [url=http://www.visual-music.org/news-26552.htm]confesse[url] ne pas être faite pour la scène. Sur Born To Die revient souvent cette voix masculine, all right/all right/all right, comme s’il fallait nous rassurer, nous faire asseoir pour que la pilule passe mieux. La voix de Lana Del Rey est pourtant agréable. Mais pas assez pour se faire le centre des attentions. C’est peut-être toute la perversité de Born To Die. La composition, les arrangements, tout est voué à mourir dans notre oreille pour laisser la place à Lana. A la fois parce que le mixage donne la raie vainqueur, et parce que cette voix est tellement au coeur du buzz qu’inconsciemment on se fixe sur elle. Pari gagné pour Lana et ses producteurs, mais tout cela est diablement frustrant. Le problème des albums de chant, c’est qu’il s’agit plus d’une performance sportive que de musique. Ce genre de contemplation est alors vite agaçant.

Il est d’ailleurs bien lapidaire d’estampiller rétro la composition et les arrangements. Hé quoi, des cordes, des claviers, c’est rétro ça ? Pas une once de jazz, réglementaire à l’époque, ne se trouve dans la chair de ces quinze morceaux. Ici, il y a de la pop, du r’n’b, des épisodes vaguement classiques. Mon oreille s’est parfois dressée, un passage de Radio par ci, un passage de Carmen par là. Il faut encore une fois dire qu’il y a eu du gommage, comme sur le visage de Lana. L’apparente gentille fifille n’a que peu de relief en somme. Elle n’appelle que très peu au braquemart, et quand elle le fait, on se marre. Ce I will love you till the end of time si sincère et aérien, ou encore ce National anthem, God you’re so handsome sorti de l’espace. Non, au niveau des paroles, c’est pas terrible. Lana n’a que ses lèvres turgescentes, et, comme par hasard, c’est la seule chose qui nous vienne à l’esprit quand on parle d’elle. Son esprit à elle n’est pas plus vallonné. Elle [url=http://www.visual-music.org/news-26751.htm]pense déjà[url] ne pas faire de second album, n’ayant plus rien à dire. A cela j’ai réagi comme face à un type quelconque me félicitant pour une soirée et qui s’en va. Putain, mais c’était qui ?
Certains préfèrent un tel aveu de Lana Del Rey face à la persistance des minettes du hit-parade à nous servir boules puantes et rebuts vaginaux chaque année. Lana Del Rey, une fille sans histoires qui un jour s’est essayée à la prostitution. C’était marrant, et en plus elle a pu se faire un peu d’argent. Suivante ?