Dans le film Mon Voisin Totoro, la petite Mei poursuit une mignonne petite créature de la forêt et, pensant trouver sa cachette, tombe sur une bestiole gigantesque, aussi impressionnante que placide. Eh bien, c’est la même impression qui nous traverse lorsqu’on écoute All glory to John Baltor : On croyait aborder la gentille suite au premier EP des Rennais, on se retrouve face à un album massif et diablement addictif.

Prenant la suite directe de groupes comme Russian Circle ou Pelican, le quatuor sait allier arpèges soyeux et riffs acérés. Plus que ses mélodies (fort jolies au demeurant), c’est la parfaite gestion des temps forts et des temps faibles, imbriqués, mélangés, synthétisées dans un ensemble post rock brut d’une cohérence imparable. TotoRo chante rarement, mais lorsqu’il le fait, ça déménage. Pas de voix fluette ni de paroles susurrées ici, mais des grondements puissants et surprenants, souvent accompagnés de nappes pesantes rappelant sur Lavate las manos le bonheur qu’on a eu à écouter le Lines breaking circles des excellents As We Draw.

Seul reproche à formuler, TotoRo est toujours très proches de ses modèles (sonorité, longueur des morceaux) et ne semble pas s’en détacher sur ce All glory to John Baltor . Mais au vu de sa maîtrise mélodique et technique, au vu du quasi sans faute sur la construction des morceaux, bouder son plaisir serait une f[s]uneste erreur[/s] belle connerie.