On a percé à jour les Local Natives, ce sont de grands fans de Bernard Lavilliers et Jimmy Cliff. Melody, tempo, harmony comme disait ce vieux tube moisi des années 90, ces 3 mots qui résument parfaitement leur courte discographie et leur deuxième album, Hummingbirds. Trois ans après le Gorilla Manor qui les propulse dans les classements des albums les plus attendus de l’année, on retrouve les 4 mecs de Los Angeles déménagés à Brooklyn avec un bassiste en moins. La structure des morceaux reste similaire à l’album précédent avec une première moitié toujours assez calme pour une montée en tension maîtrisée et bien exécutée. On pourrait presque les accuser d’appliquer une recette comme sur You & I ou Wooly Mammooths. En réalité, quelque chose a bien changé. Finies les percussions galopantes, la naïveté et les choeurs guillerets.

L’inconvénient de ce second album, c’est qu’il fait les choses un peu trop bien. On a du mal à discerner les pistes les unes des autres même si on peut y voir l’aube d’un grower qui saura nous conquérir au fil des écoutes. Ils nous avaient habitués à plus de légèreté et de respiration. C’est moins enjoué que le précédent et on ne sent plus la même énergie positive qui pouvait accrocher l’oreille directement. Ici, c’est une fois sur deux que les Local Natives ne ralentissent pas le tempo et leur mélancolie nous frappe les tympans. Heureusement les compositions chiadées sont encore là, malgré deux bémols . La mielleuse Three Months vous rappellera avec son refrain le moment où vous avez oublié de nourrir votre chat. Des miaulements geignards qu’on pourra reprocher à la redondante Mt Washington. Rassurez-vous, ce n’est pas l’album de la dépression pour autant et les tubesques Breakers et Heavy Feet feront dodeliner les têtes sans problèmes. Quand les planètes s’alignent, l’intensité et la ferveur de Black Spot tapent juste et donne l’une des perles de l’album.

La critique peut paraître acerbe ou déçue mais non. Il faut avouer qu’après un premier album fédérateur et un single accrocheur, l’ensemble désarçonne. Parfois triste comme un lundi matin, c’est qu’ils nous feraient presque de la peine. Un climat lourd expliqué par le décès d’un membre de la famille du groupe pendant l’enregistrement. Un bon album certes mais on ne l’écoutera pas souvent car assez lourd à digérer, sérieux et mélo. Pas de panique à bord pour autant : Ceilings, Black Balloons et les envolées de guitares de Bowery nous prouvent qu’ils en ont sous le pied et qu’ils sont encore là pour nous coller le sourire aux lèvres. Au jeu des comparaisons, les Local Natives suivent une évolution semblable aux Foals avec une entrée fracassante et maintenant une suite plus posée et dramatique. On ne fait pas la fine bouche parce que ça reste de qualité, qu’on va les voir partout et qu’on ira volontiers voir tout ça en concert avec la copine sous le bras en prime.