Spring Broken

Le deuxième album des Suuns débarque à point nommé pour sonner l’heure d’un printemps qui n’en finit plus de tarder. Tendue comme une corde de guitare prête à casser, Powers of Ten ouvre les hostilités avec souffre et malaise et parvient en 3 minutes seulement à instaurer une ambiance bordélico-claustro. Malsain et poisseux, ”Images du Futur” est un drôle de bougre. Malgré ses atours dégueus, il nous entraîne avec lui dans ses boucles envoutantes et ses rythmes entêtants. Comme un mec trop longtemps enfermé dans un placard, le chant de Ben Shemie sent la poudre. On ne sait pas trop si le bonhomme veut nous faire danser ou nous faire fuir mais si les intentions sont floues, le résultat est clair : c’est LA bonne surprise de ce début d’année.

Ces 10 morceaux ne sont pas que violence et rentre-dedans, plusieurs pistes instrumentales (l’éponyme) ou flottantes (”Holocene City”)laissent peser une atmosphère glauque et reposent le fer entre deux coups de lattes derrière la nuque. L’attentat qui fera le plus de victimes sera sûrement la psychotique ”Bambi” avec ses voix doublées et son groove maléfique hante encore le peu de place à occuper entre mes deux oreilles. Plus open, ‘‘Sunspot” et sa base minimaliste est aussi la belle ambassadrice d’une galette marquée du seau du malin.

Dès le clip épileptique de 2020, il fallait surveiller les Suuns qui nous offrent ici une promenade vers un endroit sale, menaçant mais où on se sent bien. Preuve ultime que ces mecs sont pas biens dans leurs têtes, ils nous quittent avec ”Music Won’t Save You”, un bon morceau certes mais désagréable comme si ça les emmerdait qu’on finisse l’album avec une bonne impression. Des sales types qu’on croisera avec plaisir le 10 mai au Grand Mix de Tourcoing.