On ne va pas refaire le buzz : Woodkid est partout. Pour résumer, il a grimpé les échelons de la célébrité douze par douze: de Lana Del Rey à Katy Perry, de clips en noir & blanc chiadés à deux EP’s chiches en contenu mais riches en tubes et savamment orchestrés. Deux ans et demis après son premier morceau, le garçon de bois nous lâche enfin ”The Golden Age”, album concept autour de l’enfance et de la perte de l’innocence. Une idée aussi marketée que le reste de cet univers qui s’étend sur 14 longs morceaux. Quoiqu’on en pense, on ne pourra jamais retirer la qualité de la production, soignée et léchée lorgnant sur la musique classique, les bandes-sons de films, le tout saupoudrés de percussions à la Stomp quand il faut pour nous réveiller entre deux micro-siestes. Dans un genre qui lui est propre et c’est là sa qualité, Woodkid assume sans problème le côté mégalo de l’entreprise.

Si certains morceaux fonctionnent, on a du mal à se rappeler d’autres choses que ”Run Boy Run” ou ”Iron”. Pire, l’ensemble a bien du mal à se renouveler. Au chant, la performance est encore plus monolithique que les compositions. Jonglant en permanence avec deux modulations : la voix grave et la moins grave, on tourne en rond et on se prend à bâiller sacrément au fur et à mesure que cet âge d’or se revêtit de plomb… A force d’en faire des caisses, on en oublierait l’efficacité des pistes instrumentales ou les nouveaux morceaux réussis comme Ghost Lights. En live à la Condition Publique en novembre dernier, je trouvais déjà que Woodkid ne respirait pas l’authenticité. Dans un projet où rien ne doit dépasser, où les musiciens n’ont pas le droit de bouger entre les morceaux, où l’émotion est calculée et aussi mise en scène et ralentie que le sont les animaux dans ses clips, Woodkid a le contrôle mais il en oublie de partager et de communiquer.

Bien sûr, cela ne l’empêchera pas de cartonner et certains crieront au génie en mettant en avant ses lives accompagnés par de grands orchestres nationaux. Pourtant, on ne me retirera pas de l’esprit qu’on peut employer tous les violons, les cuivres et les percussions du monde, cela ne changera pas un chanteur limité dans son interprétation et un album assez chiant. Pour quelques titres épiques et grandiloquents, The Golden Age est assez symptomatique d’une époque où on utilise Instagram pour donner du cachet à une photo. Il essaye de nous émouvoir ou de nous toucher, nous restons en surface : comme sa musique hélas. Comme une bande-son sans film, on se demande parfois où tout ça veut en venir. On salue l’effort et on peut crier au cocorico et à l’originalité du projet mais la prochaine fois, on aimerait aussi que ce soit moins ronflant et mégalo.