Soyons clairs : si on avait essayé de vous mettre en ligne la chronique de Yeezus le jour où on l’a découvert, on aurait parlé que de ‘Black Skinhead ‘. Une dizaine de fois dans la gueule dès le premier jour. C’est la baffe de cet album : nerveuse, racée, Kanye West vient nous attraper à la gorge dès le second morceau. Pourtant son intro ‘On Sight‘ n’était pas dénué de punch. Après une telle mise en jambes, on se demande si notre MC mégalo a joué les sprinteurs ou si au contraire le tempo va tenir au long de l’album. Le premier des featurings ralentit la cadence, et la qualité des morceaux serait-on tenté de dire. 4 featurings au menu dans un ensemble collaboratif puisqu’on dénombre à la production Rick Rubin, Gesaffelstein, les Daft Punk pour un résultat aussi éclectique que maîtrisé. Au menu du name-dropping, c’est Kid Cudi qui se démarque avec ses cris chtarbés, amenant quelque chose de différent et percutant à l’album.

La plus grande surprise de ce disque, c’est sa touche indus : cris barbares, beats primitifs et une tendance au cut nerveux. C’est ce qui marque, attire et fait la différence par rapport aux anciennes créations plus calibrées et enrobées du bonhomme. Bien sûr, il n’a pas pu se séparer de tous ses gimmicks et l’autotune est hélas encore de la partie sur l’horripilante ‘Blood on the leaves‘ qui prend une autre tournure dans sa dernière partie lorsque les voix robotiques repartent d’où elles viennent. Assassin, à l’aise dans toutes les situations, passant de la syncope à l’éclat de rire avec une facilité déroutante, il règne en patron sur ses lyrics et sur ses compos grâce à un flow terrassant. Nous ne nous attarderons pas ici sur la dimension christique et mystique des paroles, d’autres l’auront déjà bien fait ailleurs. Sachez juste qu’avec des titres comme ‘I am A God‘, Yeezy n’est pas venu vous déclamer sa liste de courses au grè d’un slam. Le roi est mort, vive le Messie et tout sera épique. Saturé, à poil et primitif, le clash est brutal. Les rumeurs disent que Rubin aurait débarassé le skeud de son habillage 3 semaines avant la fin du délai calé par le label, on veut bien le croire.

Si Kanye West fait son entrée dans nos chroniques, ce n’est pas parce que son nouvel album fait figure d’objet pop incontournable. Non, il est ‘juste’ là parce que c’est une oeuvre de qualité et assez couillue pour avoir mention ici à plus d’un titre et même bien plus que d’autres artistes labellisés « rock » sortis ces derniers mois. Avec son statut de roi auto-proclamé, son égo au bord de l’implosion et sa surexposition médiatique, l’artiste n’a pas oublié de mettre un coup de collier et nous sort un Yeezus qu’on n’attendait pas à ce niveau. Un des albums de l’année, et de loin, en dépit de morceaux bien plus puissants que d’autres.