Dire que Reflektor est attendu est un sacré euphémisme. Grâce à The Suburbs, le statut d’Arcade Fire a complètement explosé : concerts au Madison Square Garden, tournée mondiale interminable sold-out et Grammy Award du meilleur album toutes catégories confondues. N’en jetez plus, en 3 albums ils sont incontournables autant adoubés que détestés et ont en plus dans leur manche le grand retour de James Murphy ici à la production. Pour compliquer encore un peu plus la tâche, cette nouvelle sortie est un double album. A la première lecture, un détail choque : seuls 2 morceaux sur 13 passent sous la barre des 3 minutes. Le gabarit moyen se situe autour des 5 et l’ensemble pèse 85 modestes minutes. Adios les accordéons, bonjour les cuivres, premier changement notable au menu. Dévoilé à la mi-septembre le titre phare Reflektor, avec David Bowie en choriste de luxe, ouvre l’album et malgré un nombre inconsidéré d’écoutes depuis sa sortie il fait toujours son petit effet. Marqué au fer rouge par l’empreinte de LCD Soundsystem, ce morceau de bravoure est le mètre étalon pour juger du virage opéré par le groupe : ambiance disco réussie, nouvelles percussions groovy et souffle épique propre aux Canadiens. Un mariage surprenant à la première écoute et qui, en dépit des longueurs, permet d’éviter la redite alors que The Suburbs commence à prendre de la bouteille du haut de ses 3 ans. Hélas lorsqu’on sort un album aussi copieux et que l’introduction commence pied au plancher, tenir la cadence est de l’ordre de l’impossible.

Si nos gentils canadiens ont souvent été critiqués pour leur prétention, cet album n’ira pas conquérir ses détracteurs. A l’inverse, on a souvent l’impression d’avoir dans les oreilles un groupe qui s’écoute un peu trop. Combien de morceaux où le simple titre est répété à l’envie, à l’infini, à l’épuisement, à l’écoeurement ? Si ça marche pour l’éponyme, je n’en dirais pas autant pour la fin de ‘Supersymettry’, l’inutile ‘Here Come The Night II‘ ou encore la trop pressée ‘You Already Know‘. Certains y verront peut-être une sorte d’hypnose où l’on rentre au fil des écoutes. Nous y voyons un manque d’écriture et surtout une perte totale de l’émotion auquel le groupe était toujours associé. Une faiblesse que l’on retrouve dans bien des titres où l’on se prend les pieds dans le tapis. C’est clair dès les premières écoutes : nous ne partirons pas en vacances avec ‘Flashbulb Eyes‘ et ‘You Already Know‘. Faussement naïves et limitées, elles font partie des raisons qui nous font rêver un album plus court débarrassé de ses faces B déguisées. Déjà évoquée ici, il en sera de même pour l’interminable Supersymmetry ou même ‘Awful Sound‘ qu’on a encore du mal à juger. Déclinaison d’une recette à la U2, vraie morceau ou ballade mièvre, la réponse se trouve sûrement entre les 3 pour cette dernière et on sait déjà qu’elle fera partie à coup sûr des prochaines setlists.

Pourtant, malgré ses boursouflures, ses longueurs inconsidérées et ses limites, Reflektor n’est pas une vraie déception. Comme chaque auditeur se fera sa director’s cut, il y a fort à parier que ces 13 morceaux se transformeront en 8 ou 9 ritournelles imparables qui nous resteront dans la tête jusqu’au prochain concert et bien après encore. Pour l’efficacité de ‘Normal Person‘ et son chant à la Jagger, ‘Here Comes The Night Time‘ et ses airs de fanfare, la richesse de ‘It’s Never Over (Oh Orpheus)‘ et les autres morceaux cités, c’est aussi grâce à sa section rythmique qui n’a jamais été à pareille fête que Reflektor transforme l’essai. C’est pourquoi en dépit de ses passages agaçants, de ces interludes relous, ce nouvel Arcade Fire marquera encore une fois l’année de sa sortie comme un skeud à ne pas manquer et à écouter, ne serait-ce que pour le tâcler. Galettes de toutes les contradictions, cet album est à la fois le plus chiant et le plus fun du groupe et c’est aussi ce qui fait qu’il est, tout comme cette critique, constrasté.