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Que ce soit avec le groupe culte Swell ou sous ses alias plus récents Wendell Davis et Be My Weapon, David Freel déçoit rarement. En 25 ans l’américain a fait au pire dans la redite et au mieux dans le sublime, distillant dès le début des années 90 un rock alternatif racé et planant à mille lieues de tous les énervés torturés du grunge. On ne saurait trop recommander les cinq premiers albums de Swell, qui n’ont pas pris une ride du fait d’avoir tourné le dos aux conventions esthétiques en vigueur à l’époque. Le mélange de guitares et de synthés sirupeux à deux balles de Grandaddy? C’est lui. L’onirisme de Mazzy Star et le cynisme slacker conjugués avec des influences post-punk? C’est lui aussi, même si les exemples ne courent pas les rues. On a bien dit culte. Les oreilles averties retrouveront donc avec plaisir l’écriture à tiroirs et le son particulier de l’auteur sur ‘¡¡Greasy!!‘, qui précisons-le ne fait pas partie de ses disques les plus accessibles mais démontre qu’il y a encore de l’envie et de l’irrévérence chez le gaillard. De fait, David Freel se tape ici un bon délire après une série d’albums plus linéaires qui semblaient indiquer un apaisement et une envie de se contenter de l’intimité douillette d’une guitare acoustique, avec deux ou trois arrangements sommaires, sans pour autant empiler les clichés du folkeux solitaire de base. Se complaire dans des balades à l’eau de rose? Pas le style de la maison. Même dépouillée sa musique conserve souvent une remarquable tension hypnotique, et ‘¡¡Greasy!!‘ se fait un malin plaisir d’enfouir cette qualité d’écriture dans le mix et de brouiller les pistes tel un jeu d’ombre et de lumière alternant psychédélisme noisy, ambiances cheloues et moments de grâce mélodique sortis de nulle part. C’est un disque insolent, rusé et discrètement ambitieux qu’il faut apprivoiser avec les écoutes mais qui porte en lui toute la classe et l’ADN d’un esthète, de l’intensité malsaine de ‘Loaded Gun‘ au rock déglingué de ‘Smart Ass Dumb‘ en passant par le mini-solo écorché de ‘We’re Gonna Be Heroes‘ et sa coda en roue libre. En somme, les tags loufoques de sa [url=http://psychospecificmusic.bandcamp.com/album/greasy-2]page Bandcamp[url] (« annoying sounds », « sci-fi rock », « electronic fulk », « shaped noise ») donnent une idée assez précise de ses intentions: on est dans un no man’s land glauque et vaguement futuriste qui n’est pas sans rappeler ici et là l’univers parano triste de ‘The Terror‘ des Flaming Lips, en plus condensé et lo-fi. On retrouve au passage un songwriter bagarreur et sujet à des sautes d’humeur, un peu le même que sur l’excellent ‘For All The Beautiful People‘ de Swell (sans le côté balsamique de cet album), ce qui a le mérite de mettre en valeur les détours les plus poignants de ‘¡¡Greasy!!‘ dont le très bel enchainement de ‘Please Pardon Me‘ et ‘From Sea To Shining Sea‘. ‘I’ve got these fucked up kind of notions and I feel like something’s owed to me‘ rumine-t-il sur ce dernier morceau. Il s’agit donc de refuser le compromis. En fin de compte, si ce disque irascible est voué à rester aussi confidentiel que le talent de David Freel on ne peut qu’applaudir son refus d’abdiquer et de jouer autrement que selon ses propres règles.