Malgré le rayonnement de St Vincent sur la planète des artistes féminines indie, Shara Worden n’est pas très loin. Moins précoce du haut de ses 40 ans, elle en partage les mêmes accointances avec Sufjan Stevens, son goût pour le lyrisme et la faculté de jouer de plusieurs instruments. This is my Hand se différencie de son aîné par une intensité et une ambiance à la fois habitée et cinématographique nettement plus marquée. La section rythmique, notamment les percussions, y font des merveilles pour habiller un album qui emporte littéralement dès les premières écoutes. On peut bien sûr prendre en grippe les envolées de la maîtresse de cérémonie mais il faut avouer que dans son domaine, elle est au-dessus du lot.

La richesse des arrangements, l’atmosphère intense et particulière amène à la patience et pourtant on identifie rapidement les morceaux qui nous captent. ‘I Am Not The Bad Guy‘, ‘Shape‘, ‘Pressure‘ font bien sûr partie des pistes les plus réussies, tout comme le single ‘Lover Killer‘ et sa funk cuivré. La particularité de cet album, c’est sa dualité presque schizophrène. Sa première moitié est aussi percutante que sa seconde aime à prendre son temps. C’est pourquoi les titres ‘immédiats’ se trouvent dans les 5 premiers morceaux pour mieux laisser vivre les pistes lancinantes comme la conclusion Apparition où Shara est à la limite du murmure. Une construction tranchée certes mais qui ne plombe pas pour autant le disque. Hélas, comme sur All Things Unwild, on peut parfois trouver le temps long avant que la tension remonte vraiment. On en vient même à se dire que si le tempo n’avait pas ralenti, on tenait quelque chose d’imparable.

Exigeant, sans trop l’être, My Brightest Diamond a pondu ici son album le plus abouti, rythmé et accessible. Un sans-faute qui se place tranquillement dans les meilleurs disques de l’année. On fredonne ‘hou-hou-hou-hou-hou-hou-hou-hou’ en attendant le concert de 26 Octobre à Paris.