À défaut d’avoir été brillants, loin s’en faut, les disques de Carl Barat et Peter Doherty avec leurs groupes respectifs ont toujours assuré le minimum syndical. Même chose en solo. Depuis le glorieux bordel ‘Down In Albion‘ et l’appliqué ‘Waterloo To Anywhere‘, la paire s’est montrée inconsistante au possible mais toujours capable de sortir deux ou trois bonnes chansons de derrière les fagots. ‘Let It Reign‘ ne change pas la donne et l’on ne peut se fier qu’à notre humeur du moment pour décider si le verre est à moitié vide ou à moitié plein, appréciation inévitablement biaisée cette fois-ci par le retour discographique annoncé et attendu des The Libertines.

À tort ou à raison, on espère beaucoup plus du comeback des londoniens et le timing ne pourrait pas être pire pour lancer un nouveau groupe, à la limite du harakiri commercial. D’autant plus que cet album conçu en solo (avant d’auditionner The Jackals) est au mieux sympathique, suffisamment robuste et enlevé pour amuser une demi-heure, mais lourdaud et pauvrement écrit dans sa seconde moitié. Les hymnes hooligans ‘March Of The Idle‘, ‘We Want More‘ et ‘The Gears‘ ont une haleine de chacal (désolé), la mièvrerie grandiloquente ‘Let It Rain‘ sent fort mauvais elle aussi, loin de la verve communicative du single ‘Glory Days‘ et de l’impeccable volée de chansons accumulées en début de disque (dont le joli mid-tempo ‘Beginning To See‘). Mais en dépit de quelques indulgences Carl Barat retrouve des couleurs et semble même regonflé à bloc après une période de projets foirés (Dirty Pretty Things) et d’échecs en solitaire. Le type requinqué au gin prêt à prendre sa revanche sur le monde, à se serrer les coudes avec les potes et mettre deux claques aux emmerdeurs. C’est déjà une bonne nouvelle, même si le son épais, gavé de fuzz de ‘Let It Reign‘ n’est pas spécialement élégant, même si personne n’attendra avec impatience un deuxième album de Carl Barat And The Jackals, même si l’on risque fort d’avoir tout oublié de ce disque d’ici la fin de l’année.