Entré dans les annales grâce au tube ‘My Sister‘, l’éphémère trio The Juliana Hatfield Three n’avait fait qu’un bref tour de piste pour promouvoir l’album ‘Become What You Are‘ en 1993. Forte de son succès, la jolie tête pensante du groupe s’était alors décantée pour continuer en solo avec le tout aussi réussi ‘Only Everything‘, sans altérer son approche ou s’éloigner du rock alternatif également pratiqué avec les Blake Babies et The Lemonheads. Vingt ans et des brouettes de disques plus tard Juliana Hatfield distille encore et toujours les mêmes chansons pop rock douces-amères, classe et naturelle comme à ses débuts mais aujourd’hui poliment reléguée à la catégorie culte. Son [url=http://www.visual-music.org/chronique-1673.htm]récent projet[url] Minor Alps serait sans doute passé inaperçu sans la présence de Matthew Caws de Nada Surf, et bien que légitime (on retrouve à la section rythmique Dean Fisher et Todd Philips) la reformation surprise du JH3 tient un peu du coup de pub – puisqu’il semble bien difficile de nos jours de créer l’événement sans balancer du nom ou proposer un concept particulier. Dans le fond, c’est «business as usual» pour l’américaine, qui remanie d’ailleurs quelques vieilles démos personnelles pour l’occasion (dont ‘If I Could‘) et réenregistre aussi ‘I Don’t Know What To Do With My Hands‘ de Minor Alps.

Le concept de ‘Whatever, My Love‘ est simple et bien exécuté: on ne devinerait jamais que 22 ans séparent cet album de son seul et unique prédécesseur, ni en terme d’écriture, ni en terme de son et de production. Ni même en terme de qualité. Le chant est plus assuré, l’humeur moins sombre, et c’est à peu près tout. L’ensemble n’est peut-être pas tout à fait aussi vibrant. Ce qui en fera soit un trip nostalgique complaisant, soit un épatant retour, au choix selon le regard que l’on porte sur la musique. Dans le cas de Juliana Hatfield, mieux vaut s’en tenir aux chansons. Elle n’a jamais joué les révolutionnaires, continue de se montrer fort dégourdie à l’heure de ficeler un bon refrain et ses derniers albums valent tous le détour. Un peu moins envoûtant que ‘Get There‘ de Minor Alps, ‘Whatever, My Love‘ n’en reste pas moins un disque plaisant bourré de mélodies sucrées (‘Invisible‘, ‘Now That I Have Found You‘ et une bonne poignée d’autres), de guitares bien senties légèrement parfumées au grunge et de slogans parfois un peu cuculs (‘If Only We Were Dogs‘) rattrapés in extremis par le charme délicat de la chanteuse et la cohésion intacte du groupe. L’âge se fait tout juste sentir dans la thématique principale de l’album – notre héroïne aspire à une vie plus simple et des relations moins complexes – mais pour l’essentiel Juliana Hatfield est loin d’être fanée, avec ou sans trio.