The Charlatans ont endossé pas mal de costumes en 25 ans. Grandes promesses en 1990, relégués en deuxième division dans la foulée, respectés à la fin des années 90, à la ramasse au début des années 2000 et ainsi de suite, les mancuniens sont toujours restés dans l’ombre de voisins plus célèbres, poussés en bas par des plus beaux des plus forts (que moi, oui), tout en devant surmonter tant bien que mal les aléas de la mode (fin de l’ère baggy, évolution de la britpop, etc) et quelques mauvaises passes. Logiquement, le groupe aurait dû splitter mille fois, comme tant d’autres de la même génération, et devrait en être au stade de la reformation lucrative. D’autant plus que l’histoire se répète suite au décès de Jon Brookes, le batteur et membre fondateur ayant succombé à une tumeur en 2013. The Charlatans avaient déjà réagi à la disparition du claviériste Rob Collins en livrant l’un de leurs plus beaux albums, ‘Tellin’ Stories‘ (1997), et les voilà qui récidivent avec ‘Modern Nature‘, disque majestueux exempt de toute forme de larmoiement ou de fatalisme. Pas le style de la maison, en outre, les vétérans ayant toujours préféré chanter l’amour et surtout l’hédonisme dans la plus belle tradition british. Des survivants, mais aussi des bons vivants.

À défaut d’élargir son registre ou de foncer tête baissée dans une direction particulière – comme cela a souvent été le cas – le groupe offre ici une synthèse équilibrée de sa palette musicale et se montre plus contemplatif après les remuants ‘Who We Touch‘ (inégal) et ‘You Cross My Path‘ ([url=http://www.visual-music.org/chronique-893.htm]recommandé[url]). L’album est d’une grande finesse, léger et insidieusement accrocheur, idéal pour accompagner les premiers moments de détente printaniers, en bagnole ou à l’apéro en plissant les yeux dans un doux rayon de soleil. Tim Burgess et ses collègues sont du genre à écouter des tonnes de disques et cela s’entend une fois de plus dans l’élégant brassage de soul, de folk, de rock 60’s, 70’s ou 80’s (rien de moins), d’orgues Hammond entêtants et de belles lignes de basse en passant de nouveau par New OrderStephen Morris étant d’ailleurs dans le coup pour aider à remplacer Jon Brookes. Le généreux ‘Modern Nature‘ aurait peut-être gagné à être un peu plus concis sur la fin, obligatoire petite critique compte tenu de son excellente première moitié, de l’ouverture maline de ‘Talking In Tones‘ à l’extatique ‘Let The Good Times Be Never Ending‘. Un 12ème album à la fraicheur surprenante, aussi revigorant pour le groupe lui-même que pour ses fidèles, et d’une noblesse d’âme qui force le respect.