Depuis l’heureux ‘Crazy for you‘ en 2010, l’image de Best Coast -comprendre Bethany Cosentino- s’est doucement transformée. La post ado rêveuse stone paumée sexy parlant à son chat s’est muée en jeune femme sûre d’elle amincie voire vindicative sur certains points. Mais toujours sexy. La musique du groupe (Bethany et l’impassible Bruno qui lui n’a pas changé d’un iota) est au diapason de cette évolution. Best Coast se sophistique sur la forme et les obsessions reverb surf/harmonies vocales semblent malheureusement un peu loin sur ce ‘California Nights‘. Non, si le but du second album supervisé par Jon Brion était de démontrer que Bethany écrivait de vraies chansons et était une vraie chanteuse, ce troisième opus (premier pour une major) produit par Wally Gaggel a pour mission de cartonner à coup de grosses guitares, batteries éléphantesques et refrains imparables et à vrai dire cela marche plutôt bien, ‘California Nights‘ est d’une efficacité redoutable. De l’ouverture ‘Feeling ok‘ jusqu’au trois quart du disque, Best Coast développe avec force une variation sur le même thème (petit motif de guitare, riff mastodonte, mélodies sucrées) en jouant avec plus ou moins d’habileté sur les hommages à Weezer, The Cure, au générique de Friends, aux Replacements, aux 90s. Malin, le groupe propose autre chose lorsque l’ennuie pointe le bout de son vilain nez avec de la pop song légère, de la rêverie shoe-gazeuse et du mid-tempo clair-obscur. Moins tristounet que ‘The Only Place‘, ‘California nights‘ est comme un vin dudit état : rond, sucré, toujours plus ou moins le même gout et les puristes vous chieront à la gueule si vous confessez l’aimer mais ce n’est pas pour autant que l ‘on va bouder son plaisir. Si cette phrase vous interpelle, c’est volontaire (si non, tant pis) car c’est en gros le thème du disque. Bethany apporte quelques réponses à ses angoisses de jeune adulte (en gros « je pensais qu’adulte serait plus simple mais c’est tout pareil qu’avant ») cependant si ses découvertes philosophiques sont tout à son honneur, nous nous contenterons d’écrire que sur la forme de ses paroles, la jolie demoiselle n’est pas exactement nobélisable dans l’immédiat (sur l’échelle Westerberg des paroliers, elle est encore plus proche de ‘Fuck School‘ que de ‘I’ll be you‘).

Pour conclure (mais toi, lecteur malin, tu as vu que la conclusion approchait puisqu’il n’y a plus rien après ce paragraphe) ‘California Nights‘ confirme ce que l’EP ‘Fade Away‘ disait : Best Coast a sûrement perdu autant de charme que Bethany de kilos en se conformant aux canons actuels mais il n’empêche que cela marche et pas qu’un peu. Si l’on confessera sans peine une petite nostalgie pour la demoiselle lorsqu’elle jouait ses chansons à deux accords avec sa Fender Mustang, on n’en oubliera pas de préciser que ‘California nights‘ est un très bon disque.