Selon une étude américaine, Montage of Heck est le 753ème documentaire sur Nirvana, et plus particulièrement sur Kurt Cobain. Son plus réside dans un accès exclusif aux enregistrements et films de jeunesse de la famille du chanteur rock le plus célèbre de ses 30 dernières années. Autre force du film, des scènes animées où Kurt est mis en scène avec des pistes d’interviews ou de moments où il s’enregistre seul sur un magnéto. Un emballage glauque, sanglant et nerveux qui convient parfaitement à la musique torturée du groupe. Les mêmes compliments s’appliquent aux carnets de notes ressuscités par des animations tranchantes et trébuchantes.

Suivant une chronologie implacable, Montage of Heck nous présente la vie du jeune Kurt, gamin attendu et désiré d’un couple formé sur le tas et pressé de procréer. Deux parents d’un milieu modeste, bientôt en charge d’un enfant décrit comme joyeux, avenant et à l’écoute de son prochain. Là où le bat blesse, c’est que sa mère est plutôt du genre moderne et a fait le tour de son couple. Dans une époque où ce n’est pas si commun, elle décide donc de divorcer. Commence là le cirque des emmerdes pour Kurt qui collectionne les embrouilles familiales. Profondément perturbé par cette séparation, il se retrouve baladé entre sa mère, son père, ses grands-parents et son oncle. Sans jamais faire l’unanimité, il est renvoyé à la famille d’accueil suivante toutes les X semaines.

Puceau et instable, il se trouve un nouveau pote : la weed. Seule échappatoire dans un environnement white trash, il devient très vite un gros consommateur et s’entiche d’une bande de losers, incluant son dealer. Jusqu’à la découverte d’une nouvelle drogue : le punk-rock. Il cumule la fumette et la reprises de morceaux dans sa chambre, jusqu’à épuisement. Le déclencheur ultime étant le moment où il rejoint un échassier du nom de Krist pour former ce qui s’avèrera être Nirvana. La partie consacrée à la jeunesse du chanteur étant de très loin la plus intéressante.

Dès ce moment, le documentaire laisse la parole à de nouveaux intervenants plus connus, principalement Krist Novoselic et Courtney Love enchaînant clope sur clope. Là où les éléments se déchaînent, le film prend un drôle de tournant et décide d’empiler les séquences où Kurt et Courtney chez eux, occupés à ne rien faire. Souvent complètement stones, aussi intéressants que deux piliers de bars en plein délire, les deux junkies collectionnent les activités passionnantes dans le taudis qu’il leur sert de maison. Coiffure, jeux, passage à la salle de bain, photos dénudées, la vie intime d’un couple dont on se serait bien passé et qui pourtant dure de très, très longues minutes. L’affaire empire lorsque Frances Bean débarque dans leur vie avec des images assez flippantes de ce bébé aux mains de 2 personnes n’ayant pas l’air toujours très assurés de leurs propres mouvements. Les 3 derniers quarts d’heures du documentaire ne sont composés que de ça, sans véritable fil conducteur à part nous montrer la lente descente dans les abîmes d’un Kurt à la limite de la bipolarité. A la fois très heureux dans ses déclarations mais au bord du suicide et de l’auto-destruction, il nous amène inéluctablement vers l’issue que l’on connaît tous. Noyés dans ces images inédites dont il ne sait pas trop quoi faire, le doc semble oublier d’y donner un propos et se termine en queue de poisson.

Le parti-pris du réalisateur est compréhensible : montrer la solitude de son protagoniste et s’appuyer d’images inédites pour se rapprocher de la raison de son geste final. Même s’il a disposé d’un accès sans limites aux enregistrements, on ne peut s’empêcher de trouver le contenu intrusif et gênant, surtout dans sa seconde partie. Lorsque le phénomène Nirvana s’enclenche, Brett Morgen transforme le spectateur en voyeur et on ne peut pas dire que le résultat en vaille la chandelle. J’ai eu plusieurs fois envie de zapper ces longues scènes sans intérêt qui nous montre l’humain derrière l’icône.

A qui se destine Montage of Heck ? Si vous voulez en savoir plus sur Nirvana, dirigez-vous vers le Classic Album sur Nevermind ou même dans les 10 premières minutes de Back & Forth sur les Foo Fighters. Film qui avait eu le mérite d’évoquer les bons et mauvais moments d’un groupe, sans sombrer dans le pathos ou le voyeurisme.

La différence du film est sa mise en images : c’est là sa plus-value en sus des interventions de personnes qu’on a assez peu vu comme la famille de Cobain. Est-ce que pour autant l’ensemble mérite une telle attention ? Est-ce que ce déballage d’images apporte sa pierre à l’édifice, déjà traitée un nombre incalculables de fois en 21 ans ? Pourquoi marier une forme rock à un fond Morandinesque ?

Ce sera au moins l’occasion de mettre une pièce dans le juke-box de la nostalgie puisque de nouveaux morceaux « inédits » sont annoncés en marge de la sortie. En attendant, nous grignotons les sympathiques images backstage de l’Unplugged et les quelques scènes dénuées de voyeurisme et on passe à autre chose…