« Vous écoutez la même chose qu’il y a 2 ans ?!? » Jeff Tweedy.

Oh le vilain garçon. Oh le vil gourgandin. Daniel Johns vient de commettre le péché ultime aux yeux du fan de rock puisque ‘Talk‘ son premier album solo s’aventure sur des territoires R’n’B. Il est passé à l’ennemi. Et l’enfoiré y va franco, esthétique R’n’B-isante dans les clips et clichés promo et interviews en mode « si t’es pas content tu n’as qu’à acheter la réédition de Frogstomp ». Oui, pour prendre un exemple récent, Daniel Johns vient de nous faire une Chris Cornell, vivement que Trent Reznor débarque lui administrer sa méritée leçon d’intégrité artistique.

Pourtant peut-on réellement parler de réinvention totale ? Non. L’oreille fine l’aura noté dès les premières notes de ‘Aerial love‘, cette infra basse ronde, ces arrangements minimaux, ces guitares absentes, ce falsetto trafiqué, ce sont les mêmes ingrédients que sur ‘We’re much preferred customers‘ que tout le monde -[url=https://www.youtube.com/watch?v=TkUrZvbh9bU]Trent Reznor inclus[url]- adore. Ah le petit coquin avait prévenu il y a plus de dix ans de cela… Et ses collaborations avec des noms de l’electro-pop, finalement ce n’est pas neuf non plus ça (Julian Hamilton, Paul Mac). Et puis les guitares (voire Silverchair plusieurs fois officieusement splitté) ça fait bien 10 ans aussi qu’il clame partout qu’il en a marre.

Oui mais c’est pas du rock notera-t-on. En effet, rock, ‘Talk‘ ne l’est pas. Il n’est d’ailleurs pas non plus -à une ou deux bricoles près- un album R’n’B. C’est un disque soul-electro qui sonne quasiment comme une évolution plutôt logique. La patte du songwriting de Johns est bien là, dans ses qualités mélodiques comme dans ses défauts intrinsèques, nommément une tendance à toujours en faire des caisses. Pour le bât qui blesse, parlons de ce falsetto pas toujours très heureux dont il use et abuse et des effets -qu’on ne qualifiera pas de manche sur ce disque quasi sans guitares- qu’il accole à sa voix (encore une fois, qu’il qualifie depuis 10 ans d’un instrument qu’il aime torturer, espèce de Mariah Carey va) sans plus d’intérêt que celui d’essayer encore et encore. ‘Talk‘ est malgré cela constellé de bons moments, le plus souvent quand Daniel Johns s’amuse à « faire comme ». Prince sur ‘Imagination‘, Depeche Mode quasi sur tout le disque mais surtout ‘By Your Side‘, Prodigy remixant NIN sur ‘Going on 16‘ rescapée de l’album avorté avec Silverchair, signe avec ‘Dissolve‘ la chanson electro que Muse tente en vain depuis des années et trouve parfois un style assez propre assez plaisant (‘We are golden‘, ‘Too many‘). Les moments les plus polarisants sont finalement le plaisant single ‘Aerial love‘ (mais encore une fois comment nier que le passage space au milieu de la chanson n’est pas du pur Daniel Johns), ‘Sleepwalker‘ ou la tentative dansante ‘Cool on fire‘ (palme du pire titre de chanson de l’année). Les ballades sont également ratées tant Johns tombe dans ses travers habituels du « purée comment je suis bouleversé par moi-même » (‘Warm hands‘ et surtout ‘New York‘).

Absolument pas une catastrophe ni le virage à 180 degré annoncé, ‘Talk‘ est un chouette disque electro qui parle de recommencer, de faire tabula rasa du passé qui ressemble à son auteur : too much (15 titres…), traversé de fulgurances et d’évidences mélodiques, qui n’en fait qu’à sa tête quitte à s’aliéner une partie des fans. 8 ans après le dernier Silverchair, welcome back, ça fait mine de rien plaisir de voir qu’il n’a pas changé.