On n’arrête plus les Limiñanas, déjà de retour après leur [url=https://www.visual-music.org/chronique-1669.htm]magnifique[url] ‘Costa Blanca‘ et diverses compilations sorties récemment (‘(I’ve Got) Trouble In Mind‘ pour les singles et raretés, ‘Down Underground‘ pour l’intégrale de leurs albums), emmenés cette fois-ci par l’illustre et quelque peu marginal Pascal Comelade. Auteur de dizaines de disques et grand habitué des collaborations (PJ Harvey, Robert Wyatt pour citer du beau monde), l’insatiable catalan signe à la fois l’une des plus chouettes pochettes de l’année et une collection de titres instrumentaux de très belle facture qui respirent la fantaisie, le bon goût décontracté du gland et la passion du garage millésimé, partagée ici avec d’autres originaux notoires de la région de Perpignan. Les Pyrénées-Orientales sont donc toujours un peu à l’ouest, bonne nouvelle pour les fans des deux parties concernées, d’autant plus que la pâte prend instantanément entre les grooves infectieux de Lionel et Marie Liminana et les mille et unes pirouettes mélodiques de Pascal Comelade. Au centre de ce réjouissant capharnaüm délicieusement lo-fi: le riff sous toutes ses coutures. Pas du gros riff tatoué servant de tremplin à des soli phallocentriques bien entendu, pas de formule rétro remâchée non plus, le clin d’oeil de l’artwork à ‘Louie Louie‘ (meilleur riff du monde pour le coup) est là pour annoncer un dénominateur commun entre les signataires de ce ‘Traité De Guitarres Triolectiques (à l’usage des portugaises ensablées)‘. Du riff certes mais du riff éclectique, intenable, parfois déglingué, invariablement viscéral et pris en sandwich entre la répétition et les nombreuses digressions instrumentales qui jalonnent le disque (le concept des guitarres triolectiques est expliqué quelque part dans cette phrase, si si). Les dissonances menaçantes de ‘Stella Star‘, l’entêtant duel basse/piano de ‘(They Call Me) Black Sabata‘ ainsi que la présence de relectures facétieuses voire rigolardes de classiques comme ‘Green Fuz‘ ou ‘Ramblin’ Rose‘ du MC5 sont autant d’épatantes bizarreries dans un foutoir psyché intemporel, BO sans temps morts d’un chef d’oeuvre inexistant dont le scénario change à chaque écoute. Et en prime, un titre d’album qui mettrait Bernard Pivot en émoi. Nos portugaises sont reconnaissantes.

Le 9 octobre à La Maroquinerie