Avertissement : l’auteur de ses lignes est un Lofofurax convaincu. Alors, quand les vicissitudes de la la vie lui ont fait rater la possibilité de chroniquer ”L’Epreuve Du Contraire”, dernier effort studio des tontons du métal-hardcore-fusion (rayez la mention inutile) à la française, Lofofora, l’occasion était trop belle de ne pas se rattraper avec la sortie d’un live ‘L’Epreuve Du Concert‘ pour la tournée du dit album puisqu’en plus AT(h)OME ressort le tout en double album, studio+live.
Recontextualisons un peu l’enregistrement studio, Lofo a refait appel à l’helvète Serge Morattel qui avait déjà enregistré l’opus précédent ‘Monstre Ordinaire‘ et qui s’était auparavant illustré, entre autres, pour les regrettés Houston Swing Engine. Tout ce petit monde là s’est retrouvé en Bretagne dans le studio des copains Tagada Jones, ambiance comme à la maison et rock n’ roll de mise.
Et quelque part, ça se ressent sur ce 8è album des Lofo car le groupe livre ici son savoir-faire dans tout ce qu’il a de plus réussi et de plus percutant. Après le glauque et monstrueux ‘Monstre Ordinaire‘, on retrouve plus de légèreté (relative somme toute) dans le sens où on se fend plus la poire grâce à la gouaille de Reuno tandis que le groove massif dégagé par Phil, Daniel et Vincent donne envie de se remuer frénétiquement.
Cet album est également marqué par un retour sur quelques titres à des sonorités très punk et/ou au phrasé rap. En somme, Lofo ne réinvente pas son style mais, loin d’être en autopilote, distille son son, le raffine avec l’efficacité redoutable de vieux loups de mer à qui on n’apprend pas à faire la grimace, même de mémoire.
Leur galère vogue avec aisance et panache sur des eaux bien agitées comme l’illustre l’artwork classieux et old school ([url=https://www.youtube.com/watch?v=x73OXizu9SI]que ne renierait pas Tété[url]) sorti à nouveau du crayon de Phil. Tout est résumé dans le fin jeu de mot du titre : l’épreuve du contraire, cette difficulté à vivre dans un monde paradoxal qui pourtant est ce qui le caractérise le mieux. Et c’est bien là la marque de fabrique de Lofo : parler de nos petites faiblesses, de nos grosses bassesses sans pour autant refuser de voir l’espoir, de reconnaître nos splendeurs.
C’est sûrement ce qui fait partie des choses qui dérangent leurs détracteurs : enfoncer des portes ouvertes. N’empêche, quand on se regarde bien droit dans les yeux plutôt que le nombril, force est de constater que la situation ne s’améliore pas, du coup une certaine lucidité et un lâchage de pression sont salvateurs. Quand j’ouvre la gueule, je serre moins les fesses.

La première moitié de l’album ne perd pas son temps et te rentre dans le lard sans concessions que ce soit pour clamer haut et fort cette impossibilité à se conformer au lissage de la société (‘L’innocence‘, ‘Trompe La Mort‘) ou pour mieux en montrer la désolante absurdité (‘Pornolitique‘, ‘Le Malheur Des Autres‘) afin de nous inciter à tomber l’armure (‘Contre Les Murs‘). Le maître mot ici est groove, groove, groove. C’est lourd et pourtant ça suinte le rock n’ roll.
Le premier coup de doc martens au cul vient de ‘Romance‘ où un nouveau macho au blues pathétique débarque dans la galerie de portrait du groupe; mais à peine remis de ce brûlot punk, le groupe (comme il aime à le faire) casse le rythme. L’auditeur est plongé dans un spleen à ‘La Dérive‘ où on imagine bien un pote en plein burn-out qui nous renverrait à nous-mêmes. Pourtant c’est bien quand on touche le fond que l’on peut donner le coup de talon qui fait remonter à la surface à l’instar du morceau qui se relance.
Pour autant le soulagement ne viendra pas tout de suite et il faudra encore traverser les flammes du ‘Pyromane‘ qui pourrait être le titre éponyme de l’album. Reuno y évoque les diverses contradictions de nos modes de vie, de ce à quoi peut ressembler cet enfer que sont les autres.
Ce morceau se distingue par son phrasé rap que le groupe avait dû lâcher depuis ‘Rock N’ Roll Class Affair‘ (un autre casseur de rythme) sur ‘Les Choses Qui nous Dérangent‘ (2005). Ce même phrasé rap dont Reuno disait en interview (à l’auteur de ces lignes) ne plus vouloir utiliser, preuve que Lofo est un groupe qui écoute ses envies sans vouloir faire plaisir à qui que ce soit d’autre qu’à lui-même, ce qui s’appelle être un artiste en somme; mais qui fait que justement leurs fans prennent leur pied.
En parlant de ça, Lofo c’est aussi un groupe qui n’a pas son pareil pour parler de cul. Parce que le cul, c’est bon. ‘Karmasutra‘ n’échappe donc pas à la règle, rappelant que le bonheur est dans le buisson en poussant même la chose jusqu’au mystique. Preuve qu’il y a encore des choses auxquelles se raccrocher.
Quand en plus le groupe se la joue morveux à souhait, alors là c’est jubilatoire. ‘La Tsarine‘ flingue à tout va, crête de punk et cuir clouté dehors, cette triste femme de pouvoir dont toute ressemblance avec un leader d’extrême droite serait fortuite. En même temps quand on se revendique ado attardé comme dans ‘Double A‘, à l’ambiance punk californien sans prise de tête, il n’est guère surprenant d’avoir envie d’emmerder le Front National.
Chanson D’amour‘ aux couplets rappés et au refrain punk n’ roll déboule en toute ironie et nous narre un dimanche matin peu propice à la romance entre média déprimant et fachos réac’ dans les rues, pas facile de succomber au mainstream navrant quand on croit dur comme fer à l’anarchie.
A peine le temps d’effacer le sourire narquois au coin des lèvres que ‘Transmission‘ et ‘Notre Terre‘ clôturent l’album en trouant la stratosphère. Le premier est dans une atmosphère posée et trippante non sans rappeler un autre groupe phare du chroniqueur, Tool, avec ses harmoniques à la guitare et ce riff entêtant, lancinant. Le titre est une suite logique à ‘Bienvenu Sur La Terre‘ aussi bien dans la forme que dans le fond transmettant de sages conseils à la nouvelle génération.
Le dernier morceau est la démonstration que Lofofora est un groupe chamanique (si son nom ne plaidait pas assez en ce sens). Groovant à crever toujours et encore, propice à une transe tribale, le titre nous permet de toucher du doigt ce voile à percer au-delà de notre monde cynique et matériel, pour ‘qu’à nouveau nos yeux s’émerveillent‘.