J’ai découvert Albin de la Simone en février 2004, en première partie du concert de M. Alors que les premières parties me saoulent pour la plupart d’entre elles, j’ai cette fois-ci été complété bluffé par la performance de ce chanteur au talent certain. Car derrière ce nom loufoque se cache finalement un artiste, un vrai. Un monsieur qui a déjà collaboré avec Jean-Louis Aubert, Alain Chamfort, ou encore Arthur H

Sur cet album éponyme de 41 minutes, Albin distille avec nonchalance des textes plus travaillés les uns que les autres, le tout sur des petites mélodies souvent minimalistes. On retrouve des ambiances rappelant le meilleur d’Eels (‘Quant j’aurai du temps‘), alors que la voix d’Albin n’est pas sans rappeler la douceur de Mathieu Chédid. Albin trippe parfois comme un fou, comme en attestent les textes délirants de ‘Tu es là‘… Mais ce grand espoir de la chanson française sait également se faire beaucoup plus grave pour aborder, avec une fausse naïveté, des thèmes difficiles d’une manière inattendue : sur ‘Ton pommier‘, Albin nous parle ainsi du suicide en évoquant l’arbre qui servit à une double pendaison.

La richesse des instruments fait également un bien fou à une époque où la chanson française se formate de plus en plus : l’album est d’une variété inouïe, grâce à l’utilisation de claviers (‘Avant tout, I want you‘), de clavecin (‘Tu es là‘), de trompette (‘Ils cueillent des jonquilles‘), de violon (‘Patricia‘) ou encore de banjo (tenu par M himself). Albin a également su bien s’entourer, que ce soit avec Alain Souchon déjanté sur ‘Patricia‘ ou avec Feist, une Canadienne anglophone au timbre cassé, sur ‘Elle aime‘. Les morceaux possèdent tous une identité très marquée, et l’album doit absolument s’écouter en intégralité pour bien cerner tout l’univers décalé d’Albin.

Le tempo se fait souvent très lent, à la limite du débit parlé, mais il en ressort une ambiance curieuse, exotique et surtout captivante… Les morceaux, bien que très recherchés, ne sont pas pour autant inaccessibles, bien au contraire, et certaines mélodies accrochent instantanément l’oreille (‘Avant tout, I want you‘, ‘Ton Pommier‘ ou encore ‘Cigare‘). Après un ‘Piranha‘ tout en intensité, l’album s’achève par une superbe reprise de Pierre Vassiliu, ‘Amour Amitié‘, qui traite comme son nom l’indique de la très fine frontière entre ces 2 sentiments.

Bref, Albin de la Simone est un véritable poète, à qui l’on prédit un avenir radieux, malgré la mélancolie qui se dégage de son album. Laissez-vous séduire par se musique très personnelle et ses textes décalés, vous ne serez pas déçus.