Killswitch Engage est un rescapé de la nouvelle scène métal américaine. Considéré à juste titre comme un fer de lance de cette nouvelle vague, au même titre que Hatebreed, Lamb of God ou Chimaira, le groupe s’est fait connaître en 2002 avec l’énorme ‘Alive or Just Breathing‘ qui leur valut la reconnaissance de l’ensemble de la presse. Mais rapidement, le combo a du faire face aux départs coup sur coup de Jesse Leach (chant) et de Tom Gomes (batterie). Remplacés respectivement par Howard Jones et Justin Foley, tous deux issus du groupe de hardcore Blood Has Been Shed, il ne restait plus qu’à savoir si ce nouvel album permettrait de les faire oublier…

Autant ne pas faire durer le suspense trop longtemps : oui, Killswitch Engage a frappé un grand coup avec ‘The End of Heartache‘. Les 2 remplaçants insufflent un nouvel élan à KsE, et la formation semble plus homogène et plus forte que jamais. Howard Jones, le nouveau chanteur, est un véritable monstre, au registre particulièrement étoffé. A ses cris les plus barbares (‘Wasted Sacrifice‘, ‘When Darkness Falls‘) succèdent des refrains mélodiques en voix claire, le tout avec une aisance à dégoûter n’importe quel apprenti coreux… Le métisse à la puissance féline est également adepte des cris ultra-aigus, toujours avec une énorme pointe d’agressivité (Howard, c’est pas un castré !). Un peu comme si Rob Halford avait ingurgité des tonnes de testostérone… Autant dire que j’ai été impressionné comme rarement par ses performances vocales, tout bonnement hors du commun. Malheureusement, Howard applique trop souvent les mêmes schémas, et ces alternances systématiques de passages bourrins et de parties mélodiques finissent par sentir le réchauffé. Quant à Jesse Leach, bien qu’ayant quitté le groupe il y a 2 ans de cela pour rejoindre Seemless, il se permet de faire une apparition sur le refrain de ‘Take This Oath‘… Un petit clin d’oeil des plus sympathiques.

Niveau musique, on évolue dans un métal musclé, rapide, entre heavy et hardcore, avec de nombreuses touches nordiques. Les influences du groupe sont nombreuses, allant des inévitables In Flames à Muse (‘Wasted Sacrifice‘, qui a des allures de ‘Stockholm Syndrome‘) en passant par Metallica (cf. le riff introductif de ‘Hope Is‘) et Megadeth (l’intro de ‘The End of Heartache‘). Pour une fois qu’un groupe ricain ne limite pas ses influences à la seule Bay Area, ça fait plaisir ! Globalement, la qualité des parties de guitare est tout simplement à couper le souffle : des riffs de pur génie parsèment cet album, de même que des soli qui raviront les fans de vrai métal burné (‘Breathe Life‘). Les gimmicks sont nombreux (descentes de manche, notes hurlantes), conférant à KsE un son que ne renierait pas Slayer. Leurs riffs thrashy (ex : ‘Take This Oath‘) sont d’une efficacité redoutable, et surtout d’une grande technicité : Joel Stroetzel et Adam Dutkiewicz ne sont pas loin de former la meilleure paire actuelle de guitaristes sur la scène métal/hardcore américaine, c’est moi qui vous le dis !

KsE ne se limite pourtant pas au simple bourrinage, comme en attestent l’instrumental goldmanesqueInhale‘ ou les belles harmonies de guitare de ‘And Embers Rise‘, ‘Hope Is‘ et ‘The End of Heartache‘. Ces parties plus douces permettent de ne pas sombrer dans le death pur et dur, et surtout de rythmer le CD de fort belle manière. Les innombrables changements de rythme, au sein même des morceaux, constituent d’ailleurs la marque de fabrique du groupe.

Parmi les titres les plus marquants, on appréciera les véritables brûlots que sont ‘Breathe Life‘ et ‘Rose of Sharyn‘ (oui, ce dernier titre est bien un single…). ‘When Darkness Falls‘, le premier morceau qui fut composé avec Howard, est également un concentré de fureur, et l’intensité vocale du titre (cris + choeurs) aura de quoi dérider n’importe quel blasé du hardcore… On se prend également une belle claque à l’écoute de ‘Wasted Sacrifice‘, avec son intro martiale mitraillée par Justin Foley. Enfin, on ne pourra pas rester insensible au dernier morceau de l’album, ‘Hope Is‘, avec son refrain saccadé si fédérateur (‘We Will – Prevail !‘).

Finalement, ce qui est génial avec ce groupe, c’est qu’ils jouent un métal typé années 80, sans que ça sonne démodé : la production donne en effet à ces titres une allure résolument moderne ! Justement, à propos de prod’, sachez que le boulot effectué par Adam Dutkiewicz est tout bonnement énorme, avec un son de guitare bien torturé. La batterie, particulièrement mise en avant dans le mix final, claque comme une horloge suisse dont on aurait accéléré les aiguilles. Justin, fait étalage de toute sa classe, notamment en ce qui concerne la maîtrise de la double pédale (‘World Ablaze‘, ‘Take This Oath‘)… Lombardo n’a qu’à bien se tenir s’il souhaite garder son titre de meilleur batteur au monde !

The End of Heartache‘ est donc un disque extrême se permettant de flirter avec le mainstream. Jamais la musique extrême n’aura en effet paru si accessible au grand public. D’ailleurs, le public américain ne s’y pas trompé puisque l’album a réalisé le quatrième meilleur démarrage de tous les temps pour Roadrunner, en se hissant à la 21ème place du Billboard ! Killswitch Engage possède son propre son, ainsi qu’une qualité de composition assez exceptionnelle pour un groupe encore relativement jeune. Qui plus est, la pochette est sublime (un peu dans le même style que celle des 36 Crazyfists). Ne passez donc pas à côté de ce disque brutal qui marquera l’année 2004 de son empreinte.