Un nouvel album de Joe Satriani est toujours un petit événement pour les amateurs de guitare. Le génie de la 6 cordes, célèbre pour avoir donné des cours à Kirk Hammett (Metallica) il y a 20 ans, continue d’égrener les albums à un rythme soutenu depuis 1986, et c’est ainsi que paraît en avril 2004 son neuvième album studio, 2 ans seulement après l’excellent ‘Strange Beautiful Music‘. Le problème avec les albums instrumentaux, c’est que ça a tendance à souvent tourner en rond… Et ça, Satch l’a bien compris. C’est pourquoi depuis 10 ans, ses albums se suivent sans se ressembler : le divin chauve cherche désormais à apporter de petites nouveautés sur chacun de ses albums, pour éviter de sombrer dans la redite. Le premier virage eut lieu en 1995, avec un (fabuleux) album éponyme qui se détacha du rock et des ballades faciles pour lorgner du côté du blues. En 2000, Joe flirta avec la techno, et là encore ce fut un échec commercial… En 2002, ‘Strange Beautiful Music‘ a montré que le Satriani de la fin des années 80 n’était pas mort, et que son incomparable jeu de guitare était toujours une référence mondiale, insensible aux modes. Voyons si le petit dernier, avec son titre enchanteur, confirme le retour du roi…

Is There love In Space ?‘ est un album de Satriani dans la plus pure tradition de ‘Crystal Planet‘ ou de ‘The Extremist‘. Outre les sempiternels morceaux axés rock, on retrouve les ballades efficaces et calibrées pour la radio : ‘Is There love In Space ?‘, ‘Just Look Up‘ et ‘If i Could Fly‘. Sur le morceau-titre de l’album, la pédale wah wah fait des merveilles, dans un style très apaisant. Joe se remet également à chanter sur 2 titres (un record depuis ‘Flying In A Blue Dream‘ (1989). Si ‘Lifestyle‘ fait figure de gros ratage en raison de paroles insipides, ‘I Like the Rain‘ est plus appréciable : sur ce titre à la rythmique très brute, Joe retrouve le timbre original de l’excellente ‘Look My Way‘ (1995).

Gnaahh‘, le premier titre, est un morceau qui ne déroutera aucun fan, avec sa rythmique funky, son break mid tempo, et surtout ce son reconnaissable entre 1000. Joe fait chauffer les doigts lors d’une longue montée en puissance, puis il parvient à faire crier sa guitare comme si cette dernière nous appelait au secours devant tant de génie ! Même chose au milieu de ‘Hands In The Air‘, avec des notes suraiguës étonnamment vivantes… ‘If I Could Fly‘, le sixième titre, constitue l’un des titres majeurs de cet album : tel un Laurent Voulzy au meilleur de sa forme, Joe nous délecte d’une superbe rythmique acoustique sentant bon le soleil, alors que la guitare électrique part dans une envolée lyrique de plus de 4 minutes… Une totale réussite qui aurait pu figurer sur les meilleurs albums des années 80.

Comme à son habitude, Joe expérimente et évite de faire sur surplace. Sur l’album de 2002, on avait eu droit à l’essai de la fameuse 7 cordes. Cette fois-ci, Satch fait mumuse avec sa pédale de distorsion sur ‘The Souls of Distorsion‘. Un titre avec de belles descentes de manche, dans la plus pure tradition du maître… ‘Just Lock Up‘ fait quant à elle figure de la sempiternelle ballade acoustique présente sur tous les albums de Satriani. C’est beau, c’est gentillet, c’est parfait pour emballer les filles, mais malheureusement, on a l’impression d’avoir entendu ce genre de titre des dizaines de fois auparavant…

On se rabattra plutôt sur les 2 grosses tueries de l’album, qui ne sont autres que les 2 derniers morceaux. ‘Searching‘ est un titre pas comme les autres dans la carrière de Satch. Avec ses 10 minutes au compteur, il constitue une réelle performance de style : dans ce qui ressemble à un long jam déstructuré, Joe s’essaie à de nombreux effets entre 2 séances de shredding intensif… Un titre très lent, avec une rythmique cyclique captivante, et où la basse de Matt Bissonette est largement mise en avant. Quant à ‘Bamboo‘, elle vous envoûtera littéralement par sa superbe intro en arpèges et la sonorité suraiguë du lead guitar (très proche de ‘What Breaks A Heart‘). Un grand morceau très relaxant, qui démontre que Joe reste un compositeur et un arrangeur hors pair.

Is There love In Space ?‘ est donc un disque résolument tourné vers le rock, comme le fut ‘Crystal Planet‘ en 1998. Moins original que l’album éponyme de 1995 et plus monotone qu’un ‘Strange Beautiful Music‘, il n’en reste pas moins un album de grande technicité guitaristique, très inspiré de ‘Flying In A Blue Dream‘. Il lui manque toutefois LE hit, et cette petite étincelle qui fit autrefois son succès. A se demander s’il ne s’agit pas là tout simplement de chutes studio des sessions de 2002… Mais bon, les guitar heroes ne sont pas légion, donc pour peu que vous appréciez ce genre de musique très zen, ne vous faites pas prier pour acheter ce CD ! Il n’y a peut-être pas d’amour dans l’espace, mais il y a du talent à revendre chez Joe Satriani