Death Reality ? J’avais jamais entendu parler. J’apprend donc que ces jeunes allemands en sont déjà à leur deuxième album, et malgré un artwork des plus soignés qui rend l’ensemble bien attrayant, c’est avec un enthousiasme plutôt dissimulé que je me lance à l’écoute de ce ‘Bloodprints‘. Et là, c’est la grosse surprise, la grosse claque d’entrée. Death Reality semble en effet être de ces groupes pour qui les mots innovation et originalité ont été inventé. Pourtant, il y en a eu pas mal des bonnes grosses production dans le death cette année qui ont tenté des choses nouvelles pour notre plus grand plaisir. Mais cet album semblerait bien être un de ceux sur lesquels on pourra compter pour passer pas mal de temps dans la chaîne en cette année toute neuve.

Le nom du groupe ne pourrait pas être beaucoup plus explicite, c’est donc de death qu’il s’agit. Pourtant, il ne faut pas croire que ce nom plutôt fade soit à l’image de la musique qu’il représente. Loin de là, même. Mais ce qui frappe en premier lieu c’est le son plutôt original pour lequel a opté le groupe, en fait surtout les guitares toutes deux extrêmement claires, un peu à la manière de ce que fait Necrophagist. Malheureusement, autant le dire tout de suite, une clarté aussi poussée met vraiment l’accent sur toutes les petites irrégularités rythmiques, surtout à très haute vitesse (comme les manques de précision flagrants sur ‘Bloodprints‘ ou le pont de ‘Awaken The Revenge‘) et les deux guitaristes de la formation ne possèdent pas le jeu sans failles de Muhammed Suicmez.

Voilà pour ce qui est des reproches, car ce son très spécial apporte aussi une vraie bouffée d’air frais par rapport à tous ces autres groupes de death qui se cantonnent à un son étouffé, plein de basses inutiles qui ne font qu’embrouiller le tout. De toutes manières, la précision que le groupe perd d’un côté, il le regagne de l’autre et cela grâce à Martin ‘Ryze’ Ryzerski. Ce jeune homme, en dehors du fait d’être le sosie du chanteur de Radiohead et de prendre sur les photos des poses que lui jalouserait Bruce Lee en personne, est aussi un batteur d’exception. Avec un son exemplaire, il distille un jeu très proche par exemple du monumental Derek Roddy de chez Hate Eternal, un jeu tout en contre-temps, syncopes et cassures de fills en tout genres tout en maintenant le cap avec une double triggée à outrance, lui conférant ce son caractéristiquement très sec et claquant.

Les structures des titres eux-même sont quand à elles tout simplement remarquables. On se retrouve globalement avec du Obituary teinté de Cephalic Carnage (oui, eux aussi rendent leur dissonnances les plus stridentes possibles comme sur ‘Chamber Of Desolation‘), avec une touche de Chimaira pour équilibrer le tout. Le chaos prend le dessus sur ‘Wages Of Eternal death‘ alors que les mélodies et harmonies des deux guitares qui se marient à merveille se conjuguent avec des breaks au beat hardcore et des mid-tempos endiablés sur ‘Your Epitaph Is Written‘. La lourdeur de quelques passages ternaires finissent d’enfoncer le clou de la brutalité bien profond pendant que ‘Ingenuous Thoughts‘, à mi-chemin de l’album, rapellerait presque du Led Zeppelin en calmant le jeu avec son duo de guitares acoustique/électrique seules, tout ça pour redémarrer d’autant plus violemment juste après.

Ce ‘Bloodprints‘ allie donc, derrière ses aspects d’abord classiques, tous les éléments d’un bon album de death : la technicité à certains niveaux, de vraies mélodies, le sens du détail dans chaque titre et surtout des compos qui donnent cette envie fébrile d’écouter toujours la suivante, histoire de découvrir encore quelque chose de nouveau, de jamais vu. Death Reality pourraient être en quelque sorte considérés comme les homologues allemands d’un groupe comme Benighted, en un peu plus accessible grâce à ce son beaucoup moins pesant. Et si ce n’est pas encore l’album du millénaire, il vaut en tout cas vraiment la peine qu’on lui tende une oreille, si ce n’est plus.