Le premier album de Textures, ‘Polars‘, sorti en 2003, avait surpris pas mal de monde autant grâce à sa technicité que son originalité, le groupe se promenant sans aucune difficulté entre la brutalité d’un death aggressif au possible et des mélodies aériennes et inspirées. Ça aurait été bête de s’arêter en si bon chemin et ces cinq hollandais nous sortent donc ce second album, ‘Drawing Circles‘, tout de même trois ans plus tard.

Et on s’aperçoit vite que ce nouvel opus reprend exactement les éléments qui avaient fait le succès de son prédécesseur. Mais le tout premier constat qu’on fait à l’écoute du tout premier riff écrasant de ‘Drive‘, tout premier titre de l’album, c’est que le son est tout simplement excellent. Les guitares sont plus limpides que jamais, la batterie a un son d’une richesse et d’une profondeur incroyable, les moindres harmoniques de cymbales résonnant de clarté et la voix d’Eric Kalsbeek qui remplace Pieter Verpaalen se fait compréhensible même sur les passages les plus gueulés. Bref de ce côté-là, c’est une bonne surprise, d’autant plus que l’album ayant été enregistré et mixé à divers endroits, dont le tout nouveau propre studio du groupe, on aurait pu craindre un certain manque de cohérence.

Mais venons-en à la musique elle-même. Car oui, chez Textures, c’est bien la musique, au sens instrumental, qui reste la plus intéressante. En effet, même si le groupe n’est pas du genre à se servir de ses compos comme de vitrines techniques comme le font trop de formations de death se revandiquant ‘technique’, ils ne se privent pas non plus de placer par-ci par-là un riff complètement hallucinant ou un break de batterie à la rythmique d’une complexité vertigineuse. Heureusement, ces passages sont contrebalancés par de nombreuses ambiances, de subtiles nappes se sons étranges, de longs passages instrumentaux hypnothiques, etc… Ces musiciens ne savent donc pas que blaster, ils savent aussi jouer sur le côté plus atmosphérique de leurs titres. Et pour ces passages là, c’est bien Richard Rietdijk, claviériste du groupe, qu’il faut principalement remercier. Sans jamais prendre le dessus sur les autres instruments, il sait comme personne installer, presque sans qu’on s’en aperçoive, de subtils fonds sonores qui enrichissent toujours considérablement les mélodies.

Mais si ces moments plus envoûtants sont certes nombreux, la majorité du temps, on a quand même droit à quelque chose de beaucoup plus aggressif et rapide. Pour comparer, Textures se situe vraiment quelque part entre la complexité rythmique et les riffs parfois dissonants de Meshuggah, la violence plus spontanée de Dillinger Escape Plan qu’on a presque parfois l’impression de reconnaître dans le chant d’Eric ou encore le côté planant et atmosphérique d’un Opeth. Du coup, les mesures asymétriques et autres bizarreries arythmiques pleuvent, tout comme les déboulades de double sorties de nulle part à la batterie, tout ça entre des passages de synthé accompagné de magnifiques envolées de chant clair ou de petits solos plus jazzy.

Difficile donc de trouver grand-chose à reprocher à ce ‘Drawing Circles‘ : production parfaite, compositions inspirées, extrêmement variées et une technicité toujours au rendez-vous. Alors oui les influences sont très marquées mais elles sont tout aussi multiples et leur mélange souvent innatendu réserve de bonnes surprises. Ceux qui ont aimé ‘Polars‘ peuvent donc se procurer celui-ci sans aucune hésitation, tout comme ceux qui apprécient les quelques groupes cités plus haut. Allez, on peut bien attendre encore trois ans pour le prochain si le niveau est toujours aussi haut.