Après plus d’une décennie d’activités dans le monde de la musique, avec jusqu’à présent un parcours sans faute, la bande à Cantat sévit encore en ce début de siècle… Forts d’une réputation solide, refusant tout marketing quant à leur image et à leur son, les quatre bordelais reviennent enfin, 4 ans après leur dernier album, ‘666 667 Club‘, un véritable morceau de rage, de rock, mais aussi de poésie et d’engagements…
Alors, maintenant que leur nouvel opus, ‘Des Visages Des Figures‘, est dans notre chtite chaine, et passe en boucle sans appuyer une seule fois sur ‘suivant’, que dire, que dire ? On hésite, on bafouille, on veut le dire et finalement on se décide: oui, ‘Des Visages Des Figures‘ est un, sinon le meilleur album de Noir Désir.

A commencer par cet imprévisible virage musical… La précédente galette du quator était un pur bijou de rock’n’roll, on a ici affaire à un album plus posé, mais qui n’en reste pas moins plus fort. Seuls ‘Son Style 1‘ et ‘Lost‘ font rugir la disto comme on la connaissait du temps de ‘Tostaky‘… et pourtant ! ‘Le Grand Incendie‘, ses basses tournoyantes, ses airs country, ses riffs jazzy, ‘Le Vent Nous Portera‘ (à ce jour le plus célèbre morceau des bordelais), ses guitares sèches et efficaces (merci Manu Chao!), ‘L’Appartement‘ et ses accents électro tranquilles…

Et puis bien entendu, c’est ce qui fait en grande partie l’identité de Noir Désir, ces textes cyniques, poétiques, dénonciateurs… ‘Le Grand Incendie‘, quelques jours avant le 11 septembre 2001, évoque déjà une fin du Monde sponsorisée, ‘A l’Envers A l’Endroit‘ fonce subtilement dans le tas de la société française. On a même droit à une magistrale mise en musique d’un poème de Léo Ferré, l’éternel anarchiste, ‘Des Armes‘, la mise en scène sonore et particulièrement efficace et la voix de Bertrand Cantat, parfaite… ‘Bouquet de Nerfs‘ joue la carte de l’émotion, avec son riff sombre et ses apparitions de violons, et surtout un texte superbe qui équilibre cet album et rappelle cet aspect poétique et à la fois rageur du combo (le final de cette plage est magnifique)

On termine en apothéose… Nous travaillons actuellement pour l’Europe, voire pour le monde… la conclusion de cet excellent opus dure 25 minutes, ni plus ni moins… Grésillements, guitare étouffée, la voix de Brigitte Fontaine s’impose, des rythmes orientaux suivent, la batterie se déchaîne, la voix de Cantat se fait enfin entendre pour nous délivrer une véritable manifeste anti-Europe capitaliste et fédéraliste, anti-Europe tout court… Le fond sonore est tout simplement génial, oscillant entre cacophonies orientales, incrustions électro. Retour au calme, Fontaine recommence à déclamer ses paroles parfois farfelues (univers ‘Fontaine‘ oblige), parfois engagées, toujours poétiques. Le bordel musical revient, et la chanteuse finit par lutter pour se faire entendre, avant une coupure nette… Travaillons actuellement pour l’Europe…

Génial. Tout simplement génial. Noir Désir est à coup sûr arrivé à son apogée. Avec cette inébranlable verve dans les textes, avec cette alchimie parfaite entre les genres, avec ce désir de ne jamais se répéter, le groupe a gagné le pari de produire un album inoubliable, efficace et intelligent…