Certains groupes ont un don.
Des formations savent comment masquer leurs faiblesses, transformer un petit rien en un grand moment, déclencher diverses réactions physiques (de danser à vomir en passant par pleurer), caser un grand single et faire passer le reste pour autre chose que du remplissage, on en passe et des meilleurs.
The Raveonettes, personne ne pourra leur enlever cela, savent ouvrir un disque. On se souvient encore tout ému de « The Heavens », titre affolant qui débutait leur précédent album, le mirifique Pretty in black. Sur le petit nouveau Lust, Lust, Lust, les débats s’ouvrent sur « Aly, walk with me » et diable, cela faisait bien longtemps qu’on n’avait entendu un titre de cet acabit ! Mystérieuse et lascive, cette chanson fascine dès les sensuelles premières notes avant que l’orage ne s’abatte sous forme d’un hurlement incroyable d’un mur de guitares noisy, un son terrifiant, de l’électricité pur, le seul équivalent doit être le son qu’entend le condamné à mort sur la chaise lorsque le levier s’abaisse…
Les Raveonettes n’ont jamais fait mystère de ce qui les influence : les productions Spector, le Velvet Underground et The Jesus and Mary Chain. Chacune de ces influences forme une suite logique à laquelle le chaînon suivant serait The Raveonettes. Sur ce nouvel opus, le groupe a remis au goût du jour le son des guitares du groupe de Glasgow et de My Bloody Valentine qu’il avait un peu oublié sur Pretty In Black sans jamais stopper de citer Spector.
Le résultat est cet album de pop sucrée habillée en manteau de guitares noisy. La meilleure illustration serait peut être le single « Dead Sound », refrain céleste xylophoné (magnifique néologisme) et couplets aux guitares barbelées.
L’ambiance est plus en proie à l’introspection que sur Pretty in black mais le groupe sait jouer avec les contrastes : « Expelled from love », sombre et robotique est suivi par « You want the candy », tout est dans le titre, grand écart parfait entre la pop des Archies et l’agression sonore des frères Reid, avec au passage le plus beau son de guitare fuzz depuis le « I saw a prayer » de JJ72.
Des petits défauts peut être : est-ce à cause de l’incroyable « Aly walk with me » que les deux titres suivants (« Hallucinations » et « Lust ») semblent un peu faibles ? De plus, le magma sonore et le fait que tous les titres ou presque sont chantés par Sune et Sharin à l’unisson donnent à l’album un aspect homogène qui pourrait être perçu comme un bloc impénétrable, problème que n’avait pas le précédent opus. Cependant, les guitares twangs du génial -donc avec du génie dedans- « Blitzed » réconcilieront tout le monde.
Les cinq derniers titres de Lust, Lust, Lust sont une certaine idée du paradis (pas mal pour un album débutant par le son de l’Enfer), « Sad Transmission » possède cette irrésistible mélancolie automnale, la balade « With my eyes closed » fera fondre même le plus gelé des coeurs et la conclusion « The beat dies » sonne comme une chute de studio du Christmas Gift de Spector reprise par Kevin Shields avec le Velvet en backing band.
Ce nouvel album de The Raveonettes est un carrefour parfait de leurs influences et, même si en de rares occasions on sent la formule pointer le bout du nez, réussi l’exploit de sonner classique et moderne à la fois. Ce Lust, Lust, Lust sensuel aux guitares sauvages réchauffera les coeurs et consacre, si besoin était, le groupe comme l’un des tous meilleurs des dernières années.