Emigrate, ce n’est ni plus ni moins que le projet solo de Richard Z. Kruspe, guitariste de Rammstein. Loin de moi l’idée de vous baratiner en disant qu’un test ADN sera obligatoire pour mettre ce CD dans votre platine ou que je connais bien l’oeuvre du guitariste au sein de Rammstein puisque je n’ai jamais trop accroché (blâmez la langue de Goethe me concernant) donc il y a très peu de chances que j’en parle ici. Heureusement, Richard expatrié à New York depuis quelques années a eu pitié de moi et a décidé d’enregistrer son album solo en anglais, histoire de bien marquer son territoire et avant tout parce qu’il ne parvenait à calmer ses ardeurs créatrices au sein du groupe indus allemand pré-cité.

Le guitariste fait donc parler la poudre d’entrée de jeu avec le titre éponyme, sûrement sa manière à lui de marquer le pas vis-à-vis du groupe auquel on voudrait forcément le rattacher et auquel il est toujours affilié. Il faut dire quand même et pour avoir entendu quelques titres des R+ (mais si, Rammstein) que l’on n’en est pas très loin tout de même, si l’on fait bien évidemment exception de la voix de Till Lindemann. Le skeud étant avant tout un recueil de titres rock à tendance indus. C’est donc lourd, très mélodieux et marqué par une rythmique intransigeante sur laquelle la voix de Kruspe vient se poser sans véritable fausse note. Seulement voilà, si l’artiste qui s’est auto-proclamé à juste titre leader-créateur-penseur de son propre groupe à la manière d’un Chuck Norris gérant de A à Z sa série Walker Texas Ranger, sa seule volonté ne suffit malheureusement pas à ôter cette impression que la voix (et même le tout) manque quelque peu de personnalité. Cependant, l’album est bien souvent mené tambour battant, le rythme imposé est tel que plus d’un immigré sauterait par la fenêtre à son écoute (‘Wake Up‘). Richard déroule donc tout son art, de manière habile certes (‘My World‘ et ses back vocals lui conférant un franc mordant) mais parfois de manière moins réussie (les ballades ‘Let Me Break‘ et ‘In My Tears‘). Et si le single ‘New York City‘ a tout des allures du titre pour s’attirer les faveurs de la bande FM, je ne cache pas qu’avec les écoutes, il reste un de ceux que je préfère. En tout cas, Kruspe trouve là à n’en pas douter un moyen de lâcher toute cette pression créatrice qu’il semble accumuler chez R+. ‘Resolution‘ se payant même le luxe d’une touche orientale très bien sentie et mariée avec justesse au rock métal développé jusque là par le musicien. Le reste, il est sans vagues, agréable mais sans vagues, on passe donc d’un titre simplement rock (le néanmoins agréable ‘Temptation‘) à un titre plus brutal et froid rappelant les premiers opus de NIN (‘This Is What‘ étonnant de métal) à une autre ballade ‘You Cant Get Enough‘ (qui ne passe pas loin de l’électropop de Depeche Mode) au déchaîné ‘Blood‘. Le tout se concluant sur ‘Help Me‘ qui me fait dire que finalement, tout ça n’est pas très loin des Black Light Burns non plus.

Le hic finalement avec cet album, très bien produit au passage, est que l’on se trouve face à un disque dont le rendu semble un peu trop lisse et conventionnel pour sérieusement marquer les esprits, maintenant si ce que vous recherchez, c’est avant tout un album agréable à écouter et qui ne soit pas forcément une révolution musicale, cet album saura vous combler. D’autant plus si vous attendez le retour de l’autre groupe, vous savez, celui dont j’ai évité d’écrire le nom plus de trois fois ici pour éviter que l’on assimile plus encore les deux projets musicaux de Kruspe.