Placé au rang de groupe culte, rien de moins, dès la sortie de leur premier album, Down a toujours su fasciner les fans de métal. Rien que le line-up est à même de faire baver le premier chevelu qui passe : pièce maîtresse du puzzle, frontman par excellence, Phil Anselmo (Pantera, Superjoint Ritual, Satyricon), derrière les fûts Jim Bower (Eyehategod, Superjoint Ritual), les grateux Pepper Keenan (Corrosion Of Conformity) et Kirk Windstein (Crowbar), enfin à la basse, arrivé au deuxième album, Rex Brown (Pantera). C’est bon? Vous aviez de quoi éponger?
Sans se soucier de ce qui est en vogue dans le métal, cette bande de potes a imposé son style, fruit de sessions arrosées et enfumées, influencé par leur environnement la Lousianne et leur ville de résidence la Nouvelle-Orléans; personnellement, je trouve que leur musique sent le bayou, le whisky et les herbes aromatiques…
Chaque sortie d’album est un mini événement, celle-ci se distingue par deux événements particuliers, deux épreuves qui ont éprouvées le groupe : l’ouragan Katrina qui les a forcé à déménager pour quelques mois et la mort tragique de Dimebag Darrell. Malgré tout, c’est dans l’adversité qu’on avance et les liens du groupe se sont encore renforcés à tel point que Down est dorénavant considéré comme un groupe à part entière et non plus un side-project prestigieux, après justement la fin des engagements respectifs de chaque membre envers leurs autres groupes.
Autre point à noter, c’est l’arrivée chez Roadrunner qui leur ont filé une équipe stable pour l’enregistrement. Bon, j’suis pas trop du genre à faire de la lèche, mais pour le coup je tire mon chapeau au label. Avec un nombre de groupes relativement prestigieux, et malgré des choix que j’ai considéré comme bizarres dernièrement, le fait de compter un tel groupe dans ses rangs, c’est balèze… bon allez, je remonte mon froc et on en parle plus!
Venons-en donc un peu à la musique! L’évolution du groupe est admirable, partant d’un métal stoner sur les deux précédents albums, ils passent à un rock stoner bien classieux. On dirait que les mecs savent ce qu’ils valent et qu’ils n’ont plus grand chose à prouver, à partir de là, ils se font plaisir et ça s’entend. Certains passages comme dans ‘Pyllamid‘ ou ‘Nothing In Return‘ ont une bonne vibe classic rock des 70s, style Black Sabbath, rien que ça. D’ailleurs, d’autres moments s’approchent particulièrement dans l’ambiance de la reprise par Pantera du titre ‘Planet Caravan‘ de Black Sabb (pour les nostalgiques de ‘Far Beyond Driven‘): ‘His Majesty The Desert‘, le début de ‘Nothing In Return‘ (je la kiffe celle-là!). Pour résumer, ce qu’ils perdent en agressivité, ils le gagnent en classe.
Ca commence dès le début avec ce ‘Trhee Suns And One Star‘ où Phil n’a plusqu’à parler/marmoner pour que ça le fasse. Laissant le morceau monter, une vibe bien groovy mais lourde vous saute à la gueule ne vous laissant d’autre choix que d’headbanger gentiment. Quant arrive alors le couplet ‘I’ve drunk the oceans dry, I’ve stopped the time‘, je suis pas sûr qu’on soit pas loin de la vérité! Autre preuve qu’il n’a pas besoin de trop pousser pour que ça le fasse : ‘I Scream‘, où justement le roublard contient ses cris, il en est même envoutant avec ses vocalises en début de morceau. La fin, quant à elle, est remarquable dans un moment où la batterie se ralentit, la basse tient sa ligne du début et la guitare part sur tout autre rythme; on sent ici que les zicos se complètent vraiment très bien. A la fin tout s’emballe quand ils sont rejoint par le chant… sympa…
The Path‘ débarque, lui, avec son riff malsain qui se déroule comme un serpent, et encore une fois Phil vient confirmer cette impression avec ce gros ‘Crawling!‘ (ramper pour nos amis peu anglophones). Le morceau se pare de petites piques aériennes pour repartir en puissance mais sans jamais vraiment s’énerver et pour en revenir toujours à ce riff reptilien et hypnotique.
Quand je disais plus haut Down ça sent la Louisiane (ou en tout cas, c’est comme ça que je l’imagine), ‘N.O.D.‘ en est un bon exemple, ça a un petit côté festif mais en même temps ça transpire, c’est lourd et crasseux à l’image de ces guitares distordues et de cette basse oppressante.
Marque que l’album s’inscrit moins dans le métal que dans rock, ‘On March The Saints‘ vaut le détour pour la bizarerie qu’elle représente (le passage des ‘March!‘). Assez barré, mais à écouter aussi pour ses passages lanscinants avec d’autres vocalises plus lugubres de Phil.
Never Try‘ part sur une grosse influence de la Nouvelle Orléans: le blues (oui, y a aussi le jazz mais j’y viendrais plus tard). On prendrait ici Anselmo pour un crooner, le tout est bluesy mais puissant; la fin de morceau joue aux montagnes russes et termine encore une fois en apothéose.
Toute aussi trippante, ‘Benetah The Tides‘ illustre bien le côté planant du stoner rock, cette ambiance bien particulière que viennent renforcer une wah wah sur la guitare et un léger écho par moments sur le chant. Que dire du solo limite blugrass effectué au bottleneck, le refrain particulièrement entêtant, ce passage calme a capela qui donne au morceau une atmosphère monacale? ‘Merci’ est déjà un début.
Je parlais d’influences jazzy qu’on retrouve en léger accents dans ‘His Majesty The Desert‘, qui n’est pas sans rappeler la reprise de ‘Planet Caravan‘ par Pantera. Le titre est en fait l’intro de la très entrainante ‘Pyllamid‘, plus rentre dedans aussi bien au niveau musical qu’au niveau du chant. Ceci dit une grosse chape de plomb vient s’abattre sur le morceau dans un passage ralenti et alourdi pour être ensuite enlevé par un solo très 70s.
Avant dernière chanson de l’album mais véritable point d’orgue, ‘Nothing In Return (Walk Away)‘ commence elle aussi de manière très planante pour enchainer sur quelque chose qui pourrait s’apparenter à une ballade; le tout prend vraiment de l’ampleur au fur et à mesure que se présentent les trois refrains successifs : ‘You want nothing in return/We walk away/When we walk away, there’ll be no coming home’, c’est juste classieux et pis c’est tout!
Je ne sais pas si ceux qui ont adoré autant les deux premiers albums (et surtout le premier comme moi) seront convaincus par l’ambiance plus rock de ce troisième, moi, il m’a conquis, reste plus qu’à les voir en live et espérer que ça soit aussi bon que sur galette!