Mois d’un an après la magnifique expérience visuelle et sonore qu’offrait l’incroyable ‘Naphtaline‘, EZ3kiel est de retour avec ‘Battlefield‘, qui ne propose cette fois-ci que l’aspect musical du -désormais- quatuor, bien que l’artwork, fascinant (réalisé encore une fois par Yann Nguema, bassiste du groupe), prouve que l’identité graphique est toujours aussi importante que la musique chez les tourangeaux.

Référence mondiale sur la scène electro-dub mondiale, où la France fait figure de berceau de prodiges, avec High Tone, Le Peuple de l’Herbe ou encore Zenzile, EZ3kiel a laissé de côté la seconde particule de ce genre musical pour nager dans des contrées plus rock, à travers un voyage onirique sur les bordures des fleuves de Babylone, conduisant à une noirceur sans fin. Plongeons ensemble dans ces ténèbres électroniques.

Adamantium‘, plage d’ouverture, est une claque. Des cuivres théâtraux, une basse et des claviers saturées, quelques planantes arpèges de guitare, une batterie juste : un morceau époustouflant de maîtrise, annonçant la pause du dub dans la musique d’EZ3kiel au profit d’un indus plus fougueux. Le crescendo de la non moins industrielle ‘Volfoni’s Revenge‘ laisse exploser des guitares aux frontières du post-rock, confirmant le perpetuel désir d’expérimentation de la part des protégés du label Jarring Effects, tandis que ‘Spit on the Ashes‘, aux violons évoquant l’album ‘Barb4ry‘, est la première composition avec du chant, alternant douceur de la voix féminine et agressivité retenue du flow masculin (tous deux du groupe Narrow Terence), et contient elle aussi des guitares belliqueuses, avant quelques nots de cloches électroniques synonymes d’accalmie sur ce champ de bataille glacial. Le post-rock électronique des anglais de 65daysofstatic n’est pas très éloigné du virage musical opéré par EZ3kiel. L’interlude ‘Coal Flake‘ et ses guitares electro-acoustiques débouchent sur ‘The Wedding‘, titre où les cuivres sont les acteurs principaux, renforcés par un duo basse-batterie renouant discrètement avec les racines dub du combo. Amateurs de rock, on ne peut s’empêcher de penser à Nine Inch Nails sur la monstrueuse ‘Break or Die‘, industrielle à souhait grâce à cette basse synthétique et ce paterne de batterie cinglant. ‘Alignment‘ accueille le flow de Blu Rum (Reverse Engineering, Dj Vadim) sur des machines hypnotiques, atteignant aisément la classe du trip-hop de Massive Attack sur leur fabuleux ‘Risingson‘, ou même les dernières envolées de Saul Williams, transposant la détresse du peuple babylonien face au chaos. L’espoir semble être de retour avec l’aérienne ‘Lull‘, et ses fragiles notes de claviers à la tonalité majeure… Et pourtant, l’intriguante ‘Firedamp‘ surgit des profondeurs abyssales pour renforcer le désordre, avec sa rythmique martiale, limite hardcore, et ses accents metal et noise, appuyés par des cris stridents. L’oiseau digital de l’artwork, la tempête passée, tente de se frayer un chemin à terre, parmi les ruines, au rythme de l’insolite ‘The Montagues and the Capulets‘, qui reprend le thème du ‘Romeo and Juliet‘ du compositeur russe Sergueï Prokofiev, puis s’envole vers d’autres horizons, ‘Wagma‘ clôturant ce chef-d’oeuvre avec des sonorités post-rock désormais apprivoisées par EZ3kiel.

Entre musique électronique torturée, post-rock enflammé, indus sombre et trip-hop délicat, EZ3kiel, groupe unique en son genre, nous livre la première grande réussite de cette année 2008 avec ce concept album qui est adressé à tout amateur de musique, au sens large du terme, où l’auditeur se laissera emporter dans cet univers chaotique et glacé. En constante évolution, ‘Battlefield‘ est un excellent album, riche en rebondissements, et à l’ouverture d’esprit musicale -et artistique en général- exceptionnelle. En un mot, prodigieux.