« Moi j’aime pas les reprises, les originales sont toujours mieux ».
Phrase bien sentencieuse et étroite que tout le monde a déjà entendu. Il y a deux manières d’aborder une reprise. La manière paresseuse : on refait le tube en pareil. Manière qu’on qualifiera de mauvaise ou opportuniste. Et il y a la manière intelligente. Le terme relecture vient à l’esprit. Le groupe fait sien les accords et les mots d’un autre.
Cat Power est une fille intelligente et elle n’en est pas à son coup d’essai dans ce domaine.
Ici, il sera dur de lui reprocher la facilité. Premièrement parce qu’elle s’attaque souvent à des titres assez peu connus (on est pas chez Placebo) qu’elle réinterprète à sa sauce (on est pas chez Placebo bis) et ensuite parce que le seul titre vraiment universel ici est quasiment méconnaissable. Il faut tout de même un sacré cul(ot) pour reprendre « New York New York » sans se vautrer lamentablement dans le cliché Sinatra ou le cliché Liza Minelli. Chan Marshall fait de ce titre une ballade pianistique vaguement soul qui s’arrête soudainement. Comme par peur d’en faire trop.
Le reste est de très bonne facture. Le disque semble une suite stylistique logique de The Greatest son précédent opus. Cat Power se veut plus sensuelle, plus soul que lors de ses débuts torturés. Rien ne déplait, mais rien ne bouleverse.
Ceux qui ont reproché à The Greatest son approche plus easy-listening voire musique d’ascenseur vont pouvoir s’y donner à coeur joie : Jukebox, et finalement son titre l’indique, se veut plus disque de fond sonore qu’autre chose.
Les bons moments sont fréquents mais les grands moments sont absents. La relecture par Chan de son propre « Metal Heart » est parfaite, envoutante, sensuelle. Tout comme l’est « Aretha sing one for me ». Tout comme le sont les douze titres de l’album.
Panne d’inspiration ? Non car l’inédit « Song for Bobby » est peut être bien le meilleur du lot. Alors quoi ? Alors rien. Un beau produit un peu creux. Pas nécessaire mais on peut l’acheter les yeux fermés. En promo tout de même.
Finalement ça tombe bien, on ne savait plus quoi mettre en fond sonore lors des repas bobos. Adieu Norah Jones, adieu Charlotte Gainsbourg.