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Mon Dieu quelle décharge! Un son qui tronçonne, un riff d’une violence toute jouissive et un chant rapide qui propulse le refrain vers de bien hautes sphères, le genre de titre que l’on chanterait à tue-tête en conduisant si toutefois une radio le diffusait. « Gilt Complex », single et ouverture de l’album, place tout de suite le débat plus haut que la question « est-ce bon ou pas ? », ici la question est « combien de titres vont-ils tenir ce rythme ? ».
Les deux précédents albums des écossais de Sons and Daughters étaient de sales bêtes dont l’affection se gagnait à coup d’écoutes répétées, du cow-boy lo-fi, une énergie presque punk sur The repulsion box . Troisième album This gift porte bien son nom, au choix un don ou un cadeau. Produit par Bernard Butler (ex-Suede, producteur épisodique des Libertines, de The Cribs, Aimee Mann entre autres), le nouveau Sons and Daughters est un album indéniablement plus pop, plus facile d’approche, plus grand public (?) que ses grands frères sans qu’à aucun moment les écossais ne cèdent à la facilité ou à la putasserie (toujours aucune balade dans leur répertoire). Tout le disque puise son énergie dans une contradiction permanente, la musique est à la fois méchante et cajoleuse, les mélodies sont sucrées mais portent des paroles amères chantées par une voix de sorcière sexy dont on ne sait trop si elle nous allume ou nous crache au visage.
Le groupe ne perd pas sa personnalité. On retrouve toujours le chant de teigne sensuelle d’Adele Bethel et les contre-chants et harmonies de Scott Paterson. Ces deux-là tour à tour se narguent, se cherchent, s’opposent et s’harmonisent mettant encore en avant le centre névralgique du disque : l’opposition.
Revenons à la question initiale : tiendront-ils le rythme ?
La première moitié du disque est la plus ouvertement accrocheuse. « Split lips » se veut mystérieuse de par son chant tranquille, « Rebel with the ghost » est un rodéo porté par un gimmick vocal fort réussi suivi par « Chains ». Enchaînement un peu malheureux tant les deux titres sont semblables… Alors arrive « This gift » et « Darling », deux des meilleurs titres de l’album, à la fois pop, méchants, des titres qui font autant headbanger que danser. Ce dernier est un tube disco-rock en puissance, à la mélodie aussi renversante que son riff est obsédant, limite Queens of the Stone Age, joué de plus en plus haut à mesure que le titre avance.
La deuxième moitié du disque est plus agressive tout en conservant et assumant son côté « peut plaire aux radios » sur l’excellent « Flags » ou le quelconque « The bell ». Là, niché entre les deux, se trouve « Iodine », perle du disque, titre plus mélancolique qui fait dresser les cheveux sur la tête, le genre de chanson que les Strokes n’arrivent plus à écrire. Le disque conserve toute son énergie, sa fougue (« House in my head »), et ce jusqu’au final « Goodbye service ».
Ont-ils tenu le rythme? Oui car rien n’est à jeter même si tout n’est pas indispensable.
Les Sons and Daughters proposent avec leur troisième livraison un disque d’indie-rock sans fausses notes, si ce n’est un ou deux titres peut être superflus. This Gift est un album qui offre des singles de qualités (« Gilt complex », « Darling »), des titres furibards (« This gift ») et de belles subtilités (« Split lips », « Iodine »).
C’est beaucoup. Excellent disque, rageur et charmeur, qui a beaucoup à offrir.