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Allez savoir pourquoi certains groupes ont un potentiel de sympathie plus élevé que les autres ? Tout cela tient à quoi ? Un message sympa sur myspace ? Un humour potache ? Des dents bien blanches ? Des interviews polies ? Un clip amusant ? Un peu de tout cela sûrement.
Nada Surf est l’archétype du groupe sympa. Le groupe attachant par excellence. Pratiquement un cas d’école. Trop beau pour être vrai. Trois gars gentils (dont deux parlent français) qui durant les glorieuses années 90 ont sorti un beau hit formaté grunge. Un truc chouette, bien propre sur lui mais si cool qu’on lui pardonne tout. Trois qui en ont bavé sévère avec un très bon second album. Trois gars qui sont revenus de nulle part et qui ont publié deux disques plus calmes, plus pop, sans jamais perdre leur public.
Dans toutes ces aventures, un bug s’est produit. Quelque part entre The Proximity Effect et Let Go, beaucoup ont soudainement mélangé attachement et qualité. Non pas que ces disques étaient mauvais, mais ils ont soudainement été canonisés et sanctifiés. Le meilleur groupe pop-rock actuel. Le meilleur album de l’année. Un chef d’oeuvre de pop-rock (au passage notons qu’il suffit d’ajouter « de » après « un chef d’oeuvre » pour dire tout et n’importe quoi).
Nada Surf est un chouette groupe qui produit de chouettes chansons mais, entre nous, les chances de les voir sortir un vrai chef d’oeuvre, album ou chanson, semblent bien minces tellement leur écriture est formatée. Avec Lucky, le groupe continue à creuser dans sa faille la plus pop. Et s’il parvient sans problème à enchanter (« Beautiful beat » « The fox » ou « Here goes something »), ce nouveau Nada Surf montre un groupe qui tourne en rond. Oh on ne s’attendait pas à une révolution évidemment, critiquer Nada Surf pour leur style pop reviendrait à reprocher à Muse d’être grandiloquent, mais le trio devient une marque déposé, comme Oasis ou Weezer, on connaît la chanson par coeur. Toujours la même rengaine. Comme le Beaujolais. Les experts vous expliqueront que le goût cette année est framboise-pomme.
Mauvaise foi sûrement car Lucky montre un groupe plus ambitieux que d’habitude (les harmonies de « Weightless », des structures un chouia plus complexes qu’à l’accoutumée sur « See these bones ») mais même avec la meilleure volonté du monde, il est difficile de ne pas se sentir envahi par un sentiment étrange au fur et à mesure du disque : l’ennuie. Et ce n’est pas la balade de bal de promo « Are you lightning ? » qui changera les choses. Attention, le défaut de Lucky n’est pas son calme mais ses pantoufles : qui n’a pas le sentiment d’avoir entendu cent fois « I like what you say », « Whose authority » ou « From now on » sur les précédents albums du groupe ?
De manière plus formelle, on notera que l’album débute très calmement et s’emballe doucement à mi-chemin pour se terminer sur les sombres « The Fox » et « The film did not go round ». Cette dernière paraît symptomatique : on attend en vain que quelque chose arrive, mais rien ne se produit, et lorsque la fin arrive, on reste sur notre faim.
Au final Lucky se livre très facilement, sûrement trop d’ailleurs, n’est jamais mauvais mais jamais complètement satisfaisant. Un disque fort agréable mais qui ne laisse pas un souvenir impérissable et, on le craint, sur lequel on ne reviendra qu’épisodiquement.
On se voit à la prochaine cuvée.