Nous vivons dans une drôle d’époque. Une époque où on essaie de nous faire avaler que Julien Doré est un artiste profond et torturé, que Danyboon met son âme à nu à chaque film, que Nikos est un showman.
Une époque de jeunisme et de consommation rapide et kleenex: tu cliques, tu télécharges, tu écoutes dans ton iPod pendant que tu conduis et tu jettes parce que c’est nul. Alors il faut que l’effet soit immédiat sinon tu meurs.
Les petits gars de The Hoosiers ont pigé ça et leur pop ne s’embarrasse pas de subtilités. Effet immédiat et efficacité garantie. Pompage habile de « Happy together » des Turtles sur « Worried about ray », c’est de bonne guerre. Pour détailler, l’album sonne comme Keane avec des guitares, une influence Jeff Buckley très mal digérée (l’affreux « Run rabbit run »), un lyrisme pénible comme chez MuseA sadness runs through him »), on pense parfois à Elton John ou Simple MindsGoodbye Mr A »)…
Le plus souvent -on va penser que je m’acharne mais tant pis…- c’est la bande à Bellamy qui vient à l’esprit : The Trick to Life sonne comme Muse débarrassé de tout ses oripeaux métalleux, de tout son ballet grand-guignol de guitares et de synthés. Du très efficace : quelques écoutes suffisent. Consommation rapide mais pas de mystères, rien à gratter… Il est étrange de venir à bout d’un disque en quelques écoutes là où, pas plus tard qu’hier soir, « Here, there and everywhere » dévoilait encore des secrets après plus de quarante ans…
Vous pensiez que Travis était has been ? Voici la relève.
Que cela soit bien clair, on n’a rien contre les Hoosiers -ce sont sûrement de braves petits gars dont leurs parents sont très fiers et certains diront qu’ils sont bons dans leur domaine (phrase habile qui permet de dire du bien de tout le monde)- le problème est ce qu’ils représentent.
On n’écrit pas cette chronique pour être méchant de façon outrancière ou gratuite, mais pour démêler le vrai du faux : musicalement, The Hoosiers, c’est la version asseptisée des Strokes et des Libertines, tout comme Coldplay est une manière de capitaliser sur le succès de Radiohead, Keane sur celui de Coldplay, Creed sur Nirvana, Papa Roach sur Korn, etc…C’est l’âme du truc qui s’effiloche à chaque fois.
The Hoosiers c’est la version Naguy de la pop-rock, un truc bien propre sur lui, bien pensant dont le seul espoir tient dans la révolte qu’il engendrera peut être : si quelque part dans le monde, un auditeur tire sur les fils très noués qui mènent jusqu’aux Zombies ou Sagittarius, on aura gagné quelque chose.
Ce qu’il sort de l’écoute de l’album The Hoosiers, c’est que la machine à faire des chansons a frappé un grand coup. Dire que c’est formaté relèverait de l’euphémisme. Ces mecs viennent d’envoyer une bombe H sur l’héritage des gens qui ont vibré avec les Libertines. Ils sont à la pop ce que Greenday est au punk : l’entrée définitive dans la bonne culture officiel. Même si on convient que contre culture n’a plus aucun sens depuis… Nirvana ! Cobain avait vraiment de quoi se flinguer…