Certes, certes ! The Kills n’ont rien inventé… Disons-le cash, ça fera plaisir à leurs détracteurs qui ont bien souvent vu arriver ce duo à l’époque où un autre duo faisait un carton fait de rouge et de blanc (non, on ne parle pas de pinard là pour les moins perspicaces d’entre vous). Peu t’importe Gnafron puisque The Kills, c’est avant tout une manière de vivre, le duo étant sérieusement habité par son art et à vrai dire, Alisson ‘VV’ Mossart (la chanteuse) et Jamie ‘Hotel’ Hince (le guitariste) n’ont que faire de ce genre de comparaison, ils sont de toute façon plus sensuels que la grosse Meg et le gringo Jacko Blanco. Mais si on est ici, ce n’est pas pour débattre de leurs physiques mais bien pour discuter de leur nouvel album, ‘Midnight Boom‘. Un titre évocateur; ‘moment où la lune se lève et où tout le monde va se coucher‘ quand le duo préférait, lui, enregistrer ce troisième album.

On peut dire que les deux premiers singles ont quelque peu divisé, voir déstabilisé les amateurs du duo, d’abord avec l’électro-minimalo morceau ‘URA Fever‘. Car si on y retrouve le son du duo : voix sensuelle de VV, rythmique carrée et minimaliste de la gratte de Jamie, le côté électro ultra prononcé laissait quelque peu dubitatif pour un groupe que l’on avait connu bien plus sobre jusque là. Qu’à cela ne tienne, le groupe balance alors un second single dans la foulée (‘Cheap & Cheerful‘) qui va à nouveau surprendre. Le groupe persiste et signe, preuve qu’il semble s’être pas mal appuyé sur l’aide du producteur de hip hop Armani XXXchange pour expérimenter de nouvelles frontières, notamment en termes de beats à tendance ‘hip hop dirty’ confesse la chanteuse. Et finalement, si de prime abord, on se dit que le groupe n’a pas forcément fait le bon choix, les écoutes vous font vite penser le contraire. C’est tendu, prenant, incisif et une fois l’aspect électro-dansant appréhendé, on se rend compte que ça a de la gueule ! Les machines prouvant une nouvelle fois qu’elles peuvent exceller quand il s’agît d’exacerber ce qui plaisait tant chez un groupe.
Le son de The Kills est toujours le même sur le fond mais sur la forme, on se rend bien compte que les instruments ont ici bien plus d’espace pour exister. Pas forcément plus outranciers qu’auparavant, ils contribuent pourtant à rendre cet album si particulier car avouons que la prod’ exploite à fond les arrangements ; la basse et les percussions sont plus que jamais mis en avant, tout se mettant en place le plus naturellement du monde, rompant assurément avec les deux premiers skeuds, beaucoup plus sombres et sobres dans leur approche, ‘Midnight Boom‘ sonne finalement comme un album décomplexé. Preuve en est avec le chant de Jamie, plus assumé, plus récurrent que sur les albums précédents, sa voix s’intègre parfaitement aux compositions, suffit d’entendre ses ‘huhuhuhu haaaa‘ sur ‘Getting Down‘ pour s’en convaincre ! Le garage rock tourmenté de The Kills se dote donc pour l’occasion d’un aspect résolument électro qui fait toute la différence, la rythmique étant toujours juste quand elle n’est pas pétrie d’urgence, voire de nervosité (‘Last Day Of Magic‘,’Hook And Line‘), une nervosité parfois même extrême comme sur ‘M.E.X.I.C.O.‘ et ses 90 secondes au compteur. Assurément plus mélodique qu’un ‘Impeach My Bush‘ de Peaches tout en y faisant pourtant penser (‘What New York Used To Be‘), plus électro que jamais (comment ne pas penser au meilleur de Garbage sur ‘Tape Song‘), novateur et à la limite du croisement des genres (la partie instrumentale d’ ‘Alphabet Pony‘ semblant tout droit sorti d’un studio de rap quand ‘Sour Cherry‘ s’appuie sur une instru résolument stoner), vous l’aurez compris : ‘Midnight Boom‘ enthousiasme. Et ce, sans pour autant être dénué de vulnérabilité (l’épique et magnifique ‘Black Balloon‘), l’album se refermant d’ailleurs sur une douce ballade (Goodnight Bad Morning) des plus réussies.

Alors oui, les riffs efficaces mais basiques et la voix sensuelle dénuée d’effets qui caractérisaient jusque là le duo musical sont toujours là mais ils se sont vus attribués un soin jusqu’alors inattendu livrant du coup un album explosif, tendu, sensuel, primaire et pourtant sophistiqué faisant de cet album un skeud terriblement efficace. On les imaginait vivant reclus dans leur univers artistique minimaliste, The Kills nous prouvent qu’ils savent aussi évoluer, prendre des risques, quitte à foutre en l’air leur philosophie artistique à tendance élitiste.