La Belle et la Bête. La jeune vierge victorienne et l’affreux dandy décadent. L’innocente Mina Harker et l’infâme Dracula. Voilà quelques unes des images qui surgissaient à l’esprit en écoutant la première collaboration entre Isobell Campbell, ex-arme secrète chez Belle & Sebastian, et Mark Lanegan, meilleur chanteur du monde, ou presque, en tout cas le meilleur en chemise de bûcherons. Le deal était simple : la belle perfectionniste aux grosses fesses composait, le junkie illuminait le tout de son charisme diabolique. ‘Ballad of the Broken Seas‘ fonctionnait bien, sans toutefois toucher au génie. Une version cow-boy de Hazlewood et Sinatra, avec des chansons moins marquantes (on fait avec les moyens du bord, tel un Samson, Hazlewood avait tout dans la moustache, peut être l’écossaise devrait-elle arrêter de s’épiler…). Face à un succès critique considérable mais pas démesuré, la paire a remis le couvert.

Au couvent. L’ambiance est bien austère lorsque débute « Seafaring song ». Arpège discret, section de cordes à l’économie, Campbell réduite au rôle de figurante. Et c’est plus ou moins l’impression qui prévaut tout au long de ‘Sunday at the devil dirt‘. Ecrin pour Lanegan Godzilla, Isobell semble agoniser en fond sonore. Il faut patienter jusqu’au bon single « Who built the road ? » pour vraiment entendre la blonde. Son rôle se résume souvent à quelques harmonies, parfois très réussies sur l’excellent « The Raven » mais l’équilibre juste de ‘Ballad of the Broken Seas‘ peine à être retrouvé. L’ambiance est cinématographique mais paradoxalement assez intime voire minimaliste, cependant le tout semble moins travaillé, moins prenant. On retient de superbes moments, notamment « Come on over (turn me on) », version sexy de « Feeling good » de Nina Simone (cette basse…) durant lequel les deux amants maudits se cherchent et se toisent mais sur une bonne moitié de l’album le couple gazouille gentiment et essaie de mettre un peu de piment dans sa vie qu’on imagine devenue pépère : « Back burner » se voudrait un gospel chamanique mais tourne très vite dans le vide comme à court d’idées ; le bluesy « Shot gun blues » grésille sans jamais convaincre, trop poisseux, trop marécageux ; il y a quelques balades assez insignifiantes dont un « Keep me in mind » sur lequel Lanegan conte fleurette comme un étudiant en Lettres coincé. Décevant, rarement captivant et souvent léthargique.

Le sentiment est que cette deuxième collaboration de Campbell et Lanegan manque cruellement de grands moments et l’album s’enlise doucement, certes avec classe, dans une impasse. Collection d’idées plus qu’une suite de chansons travaillées (« Back burner ») ‘Sunday at the devil dirt‘ est un album agréable mais dispensable.