Sans trop révéler tous les secrets de fabrication de votre webzine adoré, ça ne s’est pas franchement bousculé pour parler de HAARP qui prenait la poussière sur une étagère. Jamais le dernier lorsqu’il s’agit de se sacrifier pour la bonne cause, votre dévoué serviteur s’y est collé.

Un peu à reculons, tout de même, tant parler de Muse devient une affaire très compliquée. Sans évoquer sa musique, qui fascine au moins autant qu’elle ne repousse, Muse est doucement en train de devenir un sujet de risée dont il devient presque obligatoire de dire du mal pour afficher son bon goût (même si exprimer une opinion un tant soit peu à contre courant devient difficile…). Le hair metal des années 2000.

De la même manière, pour beaucoup de gens, même avec la meilleure volonté du monde, essayer de défendre les anglais du Devon tient de la mission impossible tant ils tendent le bâton pour se faire battre. On leur reproche grandiloquence, le gremlin Bellamy répond en entrant sur scène au son de Prokofiev avant d’enchaîner sur les célèbres notes de Rencontres du Troisième Type, puis sur l’immonde « Knights of Cydonia », perle prout de leur répertoire. Son de guitare dont on ignore s’il faut en rire ou en pleurer (ce solo de la mouche qui pète en intro…), ambiance Ennio Morricone meets Ed Wood, paroles proche de la débilité mentale –Bellamy n’a rien à dire mais il le dit tout de même, et fort en plus- tout est présent dans ce titre pour faire hurler de rire. Reprochez à Muse de bouffer à tous les rateliers et voici ce qu’ils répondent : « Invincible », « Starlight » et « Time is running out », des chansons totalement formatées, qui cherchent à caresser tout le monde dans le sens du poil, à la fois les brutes (y’a du riff les copains), les filles (c’est beau ce qu’il chante), les amateurs de Queen (y’a du solo dégoulinant, « Hysteria » est le meilleur exemple), les losers et les geeks (Bellamy est moche comme un pou et semble obsédé par les guitares, les martiens et la fin du monde), tout le monde ou presque y trouve son compte. Il y a même le piano de Keane pour les mamans, les structures bizarres à la Yes pour les papas.

Tout cela pour dire qu’on ne sait plus par quel bout aborder Muse. Haarp est le troisième témoignage live des anglais (un tous les deux ans…) et pour cause, c’est sur scène que le groupe déchire tout. « Tu peux critiquer les disques tant que tu veux, mais Muse en live c’est la baffe assurée» entend-on souvent. Oui, les amateurs de musique qui se regarde en ont pour leur pognon. Muse envoie la purée, en fait des tonnes, le Gremlin saute dans tous les sens, met son âme qu’on imagine torturée à nu, ses copains Nounours et Tintin assurent leurs rôles de side-men, si bien qu’ils leur arrivent de sortir des sons qui n’ont rien à voir avec leurs instruments, mais bon… la magie du live. Il y a des lumières, des lasers, comme chez Jean-Michel Jarre. Le mot show plus que concert vient à l’esprit. Un son et lumière en quelque sorte. Il y a des amateurs. Les touristes allemands aiment ça.
Aussi réussi que ce show peut l’être, il reste un détail de taille. Les chansons. Qui osera dire que « A soldier’s poem » n’est pas aussi chiante qu’une blague de Thierry Becarro ? Que Bellamy ne détruit pas les tympans lors de ses envolées vocales ? Bellamy se croit sûrement très intelligent et cherche à le montrer dans sa musique. Pour ce faire, il tente des morceaux en escaliers aux structures complexes (« Butterflies & Hurricanes »), il fait son RachmaninovBlackout », peut être la pire du lot), joue de la guitare comme un dieu, même sans les mains, et adore le montrer style je ne fais pas une démonstration mais regarde quand même comme j’assure (« Plug in baby »)… On entend les yeux des amateurs de Sagitarrius se lever vers le ciel en signe de pitié car la vérité, c’est que Muse n’écrit pas vraiment des chansons. A l’image de ses albums souvent disparates, les titres sonnent comme des assemblages d’idées, parfois bonnes, une créature de Frankenstein dont on voit trop les sutures (« New born »). Sûrement y a-t-il une bonne volonté derrière tout ça, comme chez ladite créature, mais l’apparence est vraiment trop ignoble. Si Bellamy et ses copains y mettaient de la bonne volonté, quelque chose pourrait en sortir. En attendant, Muse fait de la bouillie. Au sens propre du terme. Il n’y a qu’à s’asseoir, respirer un bon coup et écouter « Microcuts » pour s’en rendre compte. Voix mégaphonée, son de guitare horriblement surproduit (même en live…) et ego masturbé. On ne comprend pas où ce groupe veut en venir. Leur musique est très vilaine. Pas dans le sens « si tu es vilain papa te donnera une fessée », vilain dans le sens moche, disgracieux avec une emphase qui prête trop à rire pour qu’on puisse vraiment accrocher.

Muse se verrait bien devenir le meilleur groupe du monde mais pour l’instant on doute que leur empreinte aille plus loin que notre étrange époque. Après tout ce groupe cartonne à l’époque où on nous fait croire que Justin Timberlake est un artiste, que Colin Farrell est un grand acteur, que le vainqueur de la Nouvelle Star est une star, que connaître quelqu’un sur internet, c’est connaître cette personne… Ils n’ont même pas un hymne, un truc intemporel, au moins Oasis a « Wonderwall », U2 a « Sunday bloody Sunday »… Si Muse veut devenir un grand groupe autre que par ses ventes pharaoniques, il va falloir revenir à l’essentiel : écrire des chansons. En attendant, ils ne sont qu’une vaste blague.