Franchement, ça sentait le mâle en chaleur. Les réflexions graveleuses et l’onanisme sauvage. Vu son physique relativement avantageux, beaucoup de gens -surtout ceux dotés d’un pénis- rêvaient, fantasmaient sur ce premier album de Scarlett Johansson comme des puceaux devant un catalogue la Redoute. Il y avait du rêve d’ambiance moite et érotique, de voix chaude susurrant des mots doux de la manière la plus langoureuse qui soit… Genre Allison Moshart qui murmure à l’oreille « The look of love ». C’était oublier que Scarlett, elle, murmure à l’oreille des chevaux. D’où un ton moins scandaleusement érotisant.
C’était aussi passer sous silence que ce premier album se compose de reprises de Tom Waits (plus une composition assez quelconque) qui reste l’un des musiciens les plus singuliers du siècle dernier. D’ailleurs, notons : Tom Waits, musicien qui fait acteur à l’occasion (Down by law, Dracula) et Scarlett, actrice qui chante. Comme Agnès Jaoui, Sandrine Kiberlain et toutes ces actrices aussi has been que Marilyn Manson qui essaient de faire croire que leur vraie passion a toujours été la chanson.
Sur le papier cela semblait excitant.

Sur le disque, il en est autrement. Oui, les compositions de Tom Waits sont là, les arrangements sont différents de plus, les titres s’enchaînent dans une trame sonore vaguement electro-pop dominée par des synthés assez uniformes qui donnent à Anywhere I lay my head une assez grande cohérence. Le hic est dans la voix de la Scarlett. Pas franchement une Natural Born Singer, excessivement limitée vocalement, l’actrice chante d’une voix grave presque robotique qui va en faire débander plus d’un. Oubliés les rêves de l’interprète de Ghost World qui chantonne sous la douche pendant la cérémonie du rasage matinal. Imaginez une cyber Marianne Faithful. Ca passe ou ça casse. Sur ‘Falling Down‘, ça ne peut que casser…Il y aura forcément des clients mais c’est un mur à franchir. Et c’est là le souci. C’est un album de covers, on ne peut pas spécialement se raccrocher aux branches qui disent que malgré tout, la petite a une bonne plume… On ne va pas sombrer dans de basses comparaisons avec les originaux qui seraient forcément au détriment de la blonde. Alors que dire ?

On peut écrire que, et ceci malgré tout ce que toi cher lecteur vient de lire, Anywhere I lay my head est plutôt un bon disque. Un album de gueule de bois du dimanche matin. Que lorsque Scarlett ne force pas sa voix, ce qui est le cas la plupart du temps fort heureusement, on a le sentiment d’entendre une petite fille chanter ses malheurs au milieu d’une tempête sur le ton de la comptine malsaine. Que le parti-pris d’enchaîner les chansons entre elles fonctionne bien. Que le choix des reprises est judicieux. Que Bowie fait les choeurs (mixés très en avant…) sur quelques titres. Ceci dit, tout cela n’est qu’artifice. Du pansement posé à la va-vite sur la plaie du disque. Une voiture tunée à mort dont le moteur serait celui d’une voiture sans permis. De ce point de vue, Anywhere I lay my head est presque un disque impressionniste qui cherche à faire ressentir plus qu’écouter ou entendre, comme du Lynch en quelque sorte. Totalement hors des modes, Scarlett et ses collabos cherchent le disque fascinant… à tel point qu’on se demande à qui revient la paternité de ce disque ? Scarlett ? Le mec de Tv on the Radio qui produit ?
A ce niveau, Anywhere I lay my head est une grande réussite en ce sens où il sait transformer ses faiblesses en atouts (la faiblesse de la voix fera fondre plus d’un coeur de pierre sur ‘I wish I was in New Orleans‘), c’est dans cet aspect minimaliste que les compositions de Tom Waits sont mises en valeur, plus que dans certains moments un peu tape à l’oeil pénibles.

Un album qui se révèle au fil des écoutes comme un compagnon de déprime nocturne idéal à défaut d’être la bande-son du porno que certains espéraient. Scarlett doit être, en plus de tout ça, une fille intelligente. A l’image de son disque, dont on a, finalement, envie qu’il lui ressemble.