Un disque punk-rock pour l’été ? Et pourquoi pas… Le terme, ce n’est pas spécialement un secret d’état, a été complètement sali par tous les Greenday, Offspring, Blink 182 et autres groupes pas exactement nobélisables dans l’immédiat. Et de même que le metal ne s’est pas encore tout à fait remis des assauts répétés du hair et plus tard du neo metal, le punk souffre car derrière cette façade de médiocrité, le skate, les tatouages, les bermudas, les chansons à trois de Q.I, la douleur factice et les nanas dénudées (on notera par ailleurs que les deux branches de l’arbre, le punk et le metal dans ce qu’ils ont de plus exploité, peuvent être raccrochés aux mêmes clichés), derrière toutes ces horreurs se cachent encore quelques grands groupes, quelques vrais songwriters à la plume aussi fine et aiguisée que l’épée de Zorro. Souvent condamnés à l’anonymat.

C’est le cas de John Reis. Un grand homme (un bon mètre quatre-vingt cinq au moins) responsable de, excusez du peu, Drive Like Jehu, Pitchfork, Rocket From The Crypt, The Sultans, en solo (sous le pseudo Back Off Cupids) et Hot Snakes. Très bien mais aucun de ces groupes n’est encore en activité fera remarquer le lecteur érudit. Qu’à cela ne tienne, John Reis, qui se fait aussi appeler Speedo, revient avec un nouveau groupe baptisé The Night Marchers. Et Reis de sortir avec son nouveau groupe un disque intitulé ‘See You In Magic‘.

D’une certaine manière il est effectivement question de magie dans cet inaugural album moins ouvertement punk que rock. Speedo a cette écriture hallucinante post Replacements (et chante toujours de cette voix d’écorché vif qui peut il est vrai irriter sur la longueur) qu’il a mis au service de treize nouvelles compositions, souvent excellentes bien que rudes et rocailleuses. Avec Reis, on parle de vraies chansons, avec mélodies, ponts, refrains, choeurs, suites d’accords élaborées, riffs puissants. Pas de la branlette pour ados puceaux. Mais tout est joué à fond. Vite et bien. Tant pis si on fonce droit dans le mur. Il y a tout dans ce disque : des pépites punk pop renversantes (‘Closed for inventory‘ ), des accords illustrant l’homme brisé sous le punk mais toujours pied au plancher (‘Jump in the fire‘), des rythmiques sèches, des riffs, des choeurs et variations rythmiques (‘Whose lady R U ?‘), ces moments plus menaçants (‘And I keep holding on‘) une vraie science de la vraie chanson, du refrain qui coule de nature comme ce ‘Bad bloods‘ mirifique, et Reis se fend même d’une petite incartade purement pop ‘Panther in crime‘… Et à la question grands moments, on répond ‘You’ve got nerve‘ porté par la voix d’écorché vif de monsieur Reis et ‘Total bloodbath‘, comme son nom l’indique.

Peut être parfois un peu facile ou répétitif, ‘See you in magic‘ est bien évidemment un disque épuisant, pas une minute de répit pour l’auditeur mais qui heureusement contient assez d’excellentes chansons, d’un niveau supérieur dira-t-on, pour faire plus qu’un seul tour sur la platine. A l’heure du retour annoncé d’Offspring, à l’heure où Greenday se cherche une crédibilité en groupe sixites, ce genre de disque peut redonner foi dans le punk rock. Plus que ça, ‘See You In Magic‘ est avant tout l’acte de naissance d’un groupe dont l’évolution est à suivre, Reis a déjà annoncé qu’il n’hésiterait pas à sortir du strict cadre punk rock avec The Night Marchers. Avec un talent comme le sien, voilà qui promet.