Ceux qui ne connaissent pas les Svinkels peuvent se considérer comme bienheureux. Potentiellement, ils ont peut-être une chance de ne pas subir le châtiment suprême au jour du Jugement Dernier. Pour ceux qui les connaissent déjà, laissez tomber vos prétentions paradisiaques, c’est mort. La simple écoute de leur rap pestilentiel et décadent condamne pour l’éternité. Voilà, ça, c’était pour les présentations.
Pour les habitués, ‘Dirty Centre‘ signe le retour des pires épaves du hip-hop, 5 ans après le bien nommé ‘Bons pour l’asile‘. L’album a été construit autour du concept-titre du ‘Dirty Centre‘, pays imaginaire mêlant l’outrance américaine et la franchouillardise hexagonale. Ça donne presque à cet album un cachet d’album concept, vu la teneur des nouveaux titres. ‘La ferme‘ en est le meilleur exemple, avec sa séance de name dropping mêlant stars labellisées MTV et invités réguliers de Michel Drucker.
Musicalement, ça se traduit par des instrus crunk (hip-hop à base de rythmiques lourdes et de son électro cheap) accompagnant des textes à prendre au 54e degré (ou pas). Si on reste à peu près en terrain connu au niveau des lyrics, écouter les Svinkels uniquement sur des samples aussi simplistes, ça fait bizarre. Certes, on avait déjà eu un aperçu du goût des 3 lascars pour le gros son bien crade dans des morceaux comme ‘Le svink, c’est chic‘, mais sur tout un album, c’est plutôt inédit.
Dès l’intro du ‘Club de l’apocalypse‘ avec le speech démoniaque à la Stupeflip et les choeurs de cathédrale, on est dans l’ambiance, même si le manque de diversité de l’ensemble donne une impression de platitude. Impression qui se prolonge sur le titre suivant, ‘Droit dans le mur‘, malgré les paroles rentre-dedans et le gros son de guitare qui allument un début de sourire. L’album démarre vraiment avec la très fine ‘Du PQ (pour mon trou-trou)‘ où on retrouve avec plaisir la verve de tarés congénitaux qu’on avait déjà découverte sur ‘J’pète quand j’crache‘ ou ‘Plutôt mourir‘. Les tubes s’enchaînent : ‘La ferme‘, ‘La youte‘ (qui ne manquera pas de devenir l’expression phare lors des festivals, ferias, fêtes de la bière et autres beuveries entre déchets humains), l’énorme ‘Dirty Centre‘ digne d’un titre de Lil’John aux accents bling bling ou encore ‘Ultras Festifs‘, sacerdoce à la gloire du Svinkels way of life.
Les autres chansons n’ont pas grand-chose à voir avec le concept de base, ce sont plus des trips distincts et sans liens entre eux. Une fois évacués les titres anecdotiques (‘Faites du bruit‘, à base d’onomatopées, ou ‘La tour eiffel‘), on retrouve une vibrante déclaration d’amour des Svinkels à leur public (‘C’est des cons‘), une hilarante parodie des titres mélodramatiques qu’on ne retrouve que dans le rap français – mais si, les titres comme ‘J’voulais‘ de Sully Sefil ou ‘Confession Nocturne‘ de Diam’s – (‘La fugue‘), et un exercice de style bien foutu dans ‘Le blues de tox‘, entre comédie musicale, flow théâtral comme dans les meilleurs titres du Saïan Supa Crew et propos malfaisant. Restent l’énervant ‘Tout nu yo !‘ qui parait tout droit sorti d’un album de Fatal Bazooka et le sympathique clin d’oeil ‘On ferme‘.
Les Svinkels nous livrent un album rentre-dedans, hétérogène, plutôt risqué au niveau de l’approche mais au résultat plus que satisfaisant. Les titres se divisent entre ceux qui rentrent dans le concept de ‘Dirty Centre‘ et les délires sans rapport direct en fin d’album, et malgré quelques pistes clairement hors sujet, on prend un pied monstre sur les tueries distillés par nos alcooliques préférés.