Putain. Des membres ou ex-membres de Kyo, Pleymo, Watcha et Vegastar qui unissent leurs forces dans une sorte de supergroupe à la française, fallait oser. Des musiciens des quatre groupes les plus haïs de la scène rock-metal frenchie de ces cinq dernières années réunis dans un seul projet : Empyr. Chez VisualMusic, on ne vous fera pas la blague. Non, on est bien trop subtil pour tomber dans ces puérilités. Bref. Empyr, il faut dire qu’ils nous ont attaqué par surprise. On savait que l’alliance existait, mais aucune nouvelle ne filtrait. Jusqu’à l’apparition de ‘Water Lily‘ sur MySpace : une pop fragile et intimiste à la rencontre d’un rock métallique lourd et inspiré, renforcés par d’étonnantes touches post-rock. Et, bien sûr, ces voix sur le refrain, limites exceptionnelles. Et là, c’est le drame. On va devoir avouer que Benoît Poher (ex-Kyo) a au moins fait un truc bien dans sa vie de musicien. Vérifications faîtes, c’est le bassiste Benoît Julliard (ex-Pleymo) qui effectue cette exaltante poussée vocale. La canonisation de Poher, ça sera donc pour un autre jour.

L’ambition d’Empyr, c’est de cartonner à l’étranger. Ni plus, ni moins. Trop ambitieux ? Pas tant que ça. Bien construites, la plupart des compositions du groupe sont bien loins d’un Kyo bis pathétiquement énervé auquel on s’attendait. Certes, ça sent un peu trop l’Amérique (merci Ken Andrews, producteur de ‘The Peaceful Riot‘, et ex-Failure) -sûrement pour s’exporter à l’international, cf. le chant en anglais-, ça frole parfois la saloperie radiophonique, comme en témoigne ‘New Day‘, single facile, prévisible, qui rappelle le Kyo bis pathétiquement énervé qu’on attendait, mais quand même, il y a quelques éléments qui me retiennent de descendre cet album. Les titres d’ouverture et de clotûre par exemple : ‘God is my lover‘, mélancolique et fougueux à la fois, aux riffs incisifs, et ‘Join Us‘, tout en crescendo, d’un calme inquiétant à une explosion chaotique. [s]Deftones n’est pas très loin[/s] (phrase auto-censurée pour risque d’accusation de languedeputisme). ‘The Fever‘ tire même son épingle du jeu grâce à une ligne de chant accrocheuse – merde, ça y est, là je vais être obligé de dire que notre blondinet a fait des progrès. Donc oui, le gus ne bêle plus. Il miaule, croyez-moi, c’est déjà mieux. Du moins, c’est beaucoup plus supportable. Quant aux ambiances présentes tout au long du disque, qui sont l’oeuvre de [url=http://www.myspace.com/lostegomusic]Lostego[url] (cousin du chanteur), elles ajoutent un côté froid et électronique à l’ensemble, et accentuent l’impression de cohérence qui règne sur cette galette. Dommage qu’une grande partie de l’album pèche par manque d’originalité/personnalité, si bien qu’au bout de quelques écoutes attentives, on jette aux oubliettes les trois-quarts de ‘The Peaceful Riot‘ pour ne garder que les trois hits décrits ci-dessus. Cependant, mention spéciale à Benoît Julliard, qui, en plus d’avoir réalisé un artwork sublime, est impeccable sur la totalité des titres, proposant des lignes de basse lumineuses. Et des backvoices de qualité (‘Water Lily‘ -bis bis-, qui s’avère être, au final, un ovni au beau milieu du disque).

L’ambition d’Empyr, donc, c’est de cartonner à l’étranger. Et ils le peuvent. La production est irréprochable, et tout fan de rock US y trouvera aisément son compte. Seulement voilà, en voulant à tout prix attirer un public international (et surtout anglo-saxon et japonnais), les cinq mecs se sont sûrement obligés à privilégier l’efficacité à l’expérimentation, et c’est là que ça coince. Imaginons l’espace de quelques instants qu’Empyr se serait formé dans l’unique but de se faire plaisir, un projet à l’avenir flou en forme d’échappatoire pour les cinq zicos, ne serait-ce même que pour un EP. Et bien on aurait sûrement bénéficié d’un disque déroutant, fort et inspiré, dans la lignée de l’excellente et fameuse ‘Water Lily‘. Dans le cas de ‘The Peaceful Riot‘, on salue les trois titres qui sortent du lot, pour le reste, on finit par s’emmerder, même si ce n’est pas foncièrement mauvais. Dommage, oui.