Il semble bien étrange de parler de ce nouvel album de Paul Westerberg. Tout d’abord parce qu’il n’y a plus de moyens légaux de l’obtenir. En effet 49 :00 a été retiré des ventes après une semaine d’exploitation. Ensuite et surtout parce qu’il s’agit d’un disque plus ou moins conceptuel. Une seule piste de 49 minutes, grosso modo 22 chansons, vendues pour trois fois rien. Il est assez difficile de définir si le concept est une piste avec plein de brides de chansons ou plein de chansons sur une piste cédée pour une bouchée de pain.

Peu importe après tout. Soit on l’écoute d’une traite, soit un logiciel fait le découpage. Toujours est-il que ceux qui n’ont aucune idée de qui est Paul Westerberg risquent de voir la Vierge en entendant 49 :00. Sans atteindre les cimes tutoyées par son incroyable groupe, l’homme de Minneapolis signe une série de chansons tout bonnement hallucinantes. Elles n’ont pas de noms, donc vous pardonnerez l’imprécision de cette chronique, mais elles ont des mélodies pop-rock garage à se damner. On a le sentiment d’écouter radio Westerberg. Le début est un enchaînement classique, style le mp3 d’album tout pourri chopé sur Kazaa, mais au fur et à mesure, la complexité du concept gagne. Des chansons sont entremélées, (le passage assez troublant et bouleversant « something in my life is missing », rappelant le « Unsatisfied » de Let it be) ou zappées comme si le passager de votre véhicule parcourait une bande FM hantée par Westerberg. Au fur et à mesure, le collage gagne, on entend des brides de reprises (les Beatles, Alice Cooper, Steppenwolf, les Stones entre autres), trois ou quatre chansons au même moment et le trouble s’installe. Bon, on est loin de Metal Music Machine, mais tout de même, il semble compliqué de saisir le concept. Toutefois, l’écoute n’est jamais désagréable et surtout, l’auteur d’ « Alex Chilton » est saisi d’une inspiration céleste : toutes les chansons ou extraits sont coulés dans l’or fin confirmant, si besoin était (les sourds éventuellement ?) que Paul Westerberg est, et de loin, l’un des plus grands et plus touchants songwriters de sa génération.

A une époque où l’auditeur moyen possède une faculté d’attention de 23 secondes, Paul Westerberg tente l’album indivisible au sens propre du terme tout en laissant planer un doute sur le but ultime de son utilisation de la technologie (on avoue qu’on imagine mal Westerberg devant un ordinateur). Toujours est-il que 49 :00 propose une incroyable collection de chansons bouleversantes dont on aurait bien tort de se passer.