Les fans d’Oasis, souvent des gens charmants mais un petit peu gourmands, n’aiment pas trop qu’on le dise mais leur chouchou Noel (sans tréma s’il vous plait, on parle du prénom, pas de l’anniv’ de Jésus) s’est fait voler la vedette depuis un moment. En toute petite forme sur ‘Heathen Chemistry‘, le guitariste Gallagher faisait pâle figure à côté d’un Liam qui trouvait sa voix/voie. Pire, sur ‘Don’t believe the truth‘, exception faite de l’affolante relecture du ‘Sunny Afternoon‘ des KinksThe Importance of Being Idle‘ qui a cartonné partout sauf en France, c’est Gem Archer et surtout Andy Bell qui assuraient le minimum syndical. Cela dit, sur ce dernier album, Oasis semblait avoir trouvé un équilibre, une production, une vraie envie d’en découdre même si, aussi agréable soit-il, on ne réécoute que très peu l’album de 2005 là où, mine de rien, ‘Some might say‘ ou ‘Supersonic‘, on ne s’en lassera probablement jamais.

Aujourd’hui sort ‘Dig out your soul‘ et l’impensable arrive : Oasis, pour la première fois depuis que le monde est monde, n’a pas tenté de refaire ‘Definitely Maybe‘. Comprendre ‘Dig out your soul‘ n’est pas une collection de singles potentiels. Non, ce nouveau disque est un trip psychédélique souvent de haute volée, avec une ambiance, une cohérence (fascinant pour un disque écrit par quatre personnes différentes) et une ambition. Si les références habituelles, d’you know who I mean, sont de mise, à ce titre l’arpège à la fin de ‘The Turning‘ ravira la soeur de Mia Farrow, la comparaison la plus immédiate est ‘Sf Sorrows‘ des Pretty Things, c’est Noel qui le dit et on confirme. Mais au-delà du ceci ressemble à cela, c’est la qualité des compositions qui frappe. Les cinq ou six premières chansons forment, et de loin, ce qu’Oasis a pondu de mieux depuis, hum, bien longtemps… Dans le détail, ça donne le single ‘The shock of the lightning‘, rapide et accrocheur que tout le monde connaît maintenant, et tout le monde risque de bientôt connaître ‘I’m outta time‘, écrite par Liam -qui depuis trois albums remplit scrupuleusement son cahier des charges : une balade fleur bleue, une courte chanson rock, un mid-tempo mystico-psyché- fabuleuse balade qui sonne finalement plus comme du Sean Lennon que comme du John, piano, arpège discret, solo à la Harrison. Même le chant de Noel sur ‘Waiting for the rapture‘, montée en puissance à la rythmique lourde comme du Primal Scream virant glam, n’entrave pas la marche en avant initiée par l’énorme ouverture ‘Bag it Up‘ aux guitares montées sur ressorts et surtout ‘The Turning‘, le meilleur moment du disque, d’une étonnante subtilité de la part d’Oasis, tout en piano, claviers sur les couplets avant un refrain morveux irrésistible et agressif porté par toute l’arrogance de Liam. ‘Get off your high horse lady‘ contribue à l’ambiance champi avec son chant sous mixé et sa tranquille guitare acoustique. En revanche, ‘Falling down‘ bêlé par la chèvre dernièrement maltraitée bande un peu mou et si on s’avoue aussi un peu déçu par le rock ‘Ain’t got nothing‘ de Liam, il n’en va pas de même pour ‘The nature of reality‘ et surtout ‘To be where there’s life‘, signée Gem Archer. Portée par une puissante ligne de basse, une atmosphère indienne et un chant défiant la gravité, voilà le genre de morceau que The Verve tente en vain depuis… heu toujours. L’album se termine sur le mid-tempo mystico-psyché de Liam, ‘Soldier On‘ qui n’égale pas ‘Born on a different cloud‘ mais occupe les mêmes ondes, ce qui est déjà énorme.

Etonnant disque que ce ‘Dig out your soul‘. A priori sans tube (exception faite de ‘I’m outta time‘, idéale pour emballer), c’est l’album qui rend Oasis à nouveau excitant et mine de rien, pour terminer sur un cliché bien mancunien, voici sans aucune discussion possible leur meilleur album depuis ‘Definitely maybe‘/’… Morning Glory‘. Barrez celui que vous aimez le moins.