Honnêtement, sincèrement et en toute franchise , combien de fois entend-on, tout particulièrement dans le milieu du rock, quelqu’un vous soutenir que l’album de machin c’est une « grosse baffe dans la gueule  » ? Oui, à peu près autant de fois que le feu piéton passe au rouge au moment où vous traversez. Nous sommes bien d’accord.

Sauf que là, la bonne baffe dans la gueule, on la tient. ‘Blood Visions‘, l’album de Jay Reatard de 2006 en tenait déjà une sacré couche, et on en redemandait. Le monsieur a cette année sorti quelques singles qu’il a eu la bonne idée de compiler ici avec les b-sides.
Les plus perspicaces viennent de comprendre le titre de l’album.
Dix titres, rien n’excédant les quatre minutes, du garage-rock furibard à la Stooges. Sauf que le Jay a un peu sucré sa recette infernale qui en devient moins épuisante. Des mélodies un peu plus rondes font leur apparition et le gros bonhomme touche par moments à l’écriture de Westerberg , des hymnes garage donc (l’intro de ‘Painted shut‘ rappelle d’ailleurs le ‘Kiss me on the bus‘ des Replacements) comme les Rocket From The Crypt mais avec une science de l’écriture plus pointue. Ici les guitares sont sèches et tranchantes comme du Mudhoney et la voix est totalement allumée, branchée sur du 10.000 Volt. Du punk pop dans un sens très noble, plus Ramones que tous les groupes putrides dont se délectent les jeunes gens faussement en colère.
Tout est excellent sans aucune retenue, les B-sides ne sont pas du remplissage et chaque titre offre un moment de félicité : l’outro de ‘See/Saw‘ est imparable, ‘Screaming Hands‘ fait presque penser à Dutronc devenu fou, ‘An Ugly Death‘ est du Stooges joué par QOTSA… On pourrait toutes les faire comme ça.
Dieu a envoyé un prophète jouer du punk garage sous le nom de Jay Reatard et c’est l’heure de la messe. Et si l’on te frappe, tend l’autre joue.