Antony & The Johnsons ne doit pas être le genre de groupe dont nos lecteurs raffolent. Maniéré, calme, délicat sont a priori des adjectifs qu’on imagine rebutants pour beaucoup. Pourtant, le gros Antony, sorte de croisement entre Elliott Smith et Philip Seymour Hoffman (pour le physique) a produit un fort joli disque en 2005. ‘I am a bird now‘ que ça s’appelait. Le genre de titre top cucul à hurler de rire, d’ailleurs on ne vous cache pas que sa simple évocation amuse beaucoup le propriétaire des doigts qui écrasent les touches du PC d’où cet article provient.Ce disque très prisé faisait partie de ces albums dont on ne saurait vraiment dire s’il faut y entendre de l’épate bobos ou une vraie confession boueversante.

Le nouvel album s’intitule ‘The crying light‘, tout un programme… On pourrait dire qu’il y a deux manières de l’aborder. La première, qu’on pourrait qualifier de plus adaptée, serait de s’enfermer dans le noir, allumer quelques bougies, s’allonger, fermer les yeux (et pas l’inverse afin de ne pas se payer le meuble) et se laisser porter par la mélancolie ambiante, le piano délicat,la voix particulière et théâtrale de l’Antony. Et avoir le frisson lorsque débute le superbe refrain de ‘Her eyes are underneath the ground‘, le genre de grande balade qui ouvre les grands disques . S’extasier devant la beauté des arrangements du meilleur goût car discrets. Se faire la réflexion que les Johnsons(ce nom…) sont forts peu mis en avant sur ce disque ambiant.

L’autre manière d’aborder ‘The Crying light‘, qu’on va qualifier de moins adaptée, serait de s’enfermer dans la salle de bain, d’installer le beau rameur acheté en solde, s’exercer afin de travailler sa musculature le baladeur sur les oreilles et se dire que l’Antony a une fort jolie voix mais que ses jérémiades vont cinq minutes. Et avoir le frisson lorsque débute la quinzième minute de sport car on commence à avoir chaud et que l’autre pleureuse dans le casque n’est pas foutue de donner un bon rythme. S’extasier devant la forme de ses biceps, loin de la mollesse du disque. Se faire la réflexion qu’il ne se passe pas grand-chose pendant ce disque.

Pour être totalement honnête, on ne cachera pas à nos lecteurs que cette histoire est une fiction mais que s’il fallait rapprocher l’une des deux versions de la vérité, on opterait pour la seconde. Antony & The Johnsons tente le grand disque épiphanique, et la lumière fût, et la Vierge apparût. Mais ça coince un peu car ‘The Crying Light‘ manque de mélodies vraiment bouleversantes pour totalement convaincre. Le charme est bien là, mais il n’opère pas totalement. On s’ennuie poliment et ce surtout lors de la première partie du disque qui manque cruellement de rythme. Antony pleure, fait le précieux, mais on s’en fout un peu. Cela dit, et ce même si à chaque écoute les mots pleureuse, gonzesse, et tout mou viennent à l’esprit, il semble strictement impossible d’écrire que ces chansons sont mauvaises. Bien écrites, bien jouées, bien interprétées, bien arrangées, elles sont simplement, et on ne peut que le déplorer, peu touchantes. Un comble vu l’ambition du disque.