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Après un premier essai dans la vidéo avec le documentaire Sound City déjà chroniqué pour sa partie audio et vidéo sur Visual, Dave Grohl se confrontait à la sortie du huitième album des Foo’s au monde des séries. Un docu sur l’Amérique, scindé en 8 épisodes pour autant de morceaux présents sur l’album si marketé et décrié. Comme un album plus que mitigé n’a jamais empêché les tournées sold-out, penchons nous plutôt sur le carnet de route de cet enregistrement plus d’un an et demi après sa sortie. 

Réalisateur, compositeur, interviewer.

Constat évident lors de l’écoute de l’album, les lieux ont peu influencé la musique des Foo Fighters et n’ont servis pour la plupart que de pistes d’inspirations pour l’écriture des paroles ou l’ajout d’un guest en fin de morceau. Le générique final met en avant, via les lyrics plein pot, la petite histoire que Tonton Dave a su tricoter en quelques jours sur place, entre 2 bières et 3 interviews. Comme cela fait bien 3 skeuds que les paroles des FF ne racontent rien d’autre que ce qui peut se passer à travers votre tête au volant d’une voiture, on se marre à l’idée de lire autant de banalités balancées et dramatisées noir sur blanc.

Autre certitude dans l’existence des Foos, c’est Dave qui tient la baraque et est crédité comme réalisateur. Il interviewe les protagonistes et choisit les déplacements. Chicago est la ville où il a découvert ses premiers concerts de punk-rock avec sa cousine, Washington est la ville où il a passé une partie de son enfance, où on fera la découverte du go-go et où Grohl débutera la batterie à ses 14 ans… Le reste des choix a été fait soit en fonction de l’influence majeure qu’ont eu certaines villes sur des styles musicaux : la Nouvelle-Orléans pour le jazz, Austin pour le blues et enfin les mastodontes New-York et Los Angeles pour l’interminable liste de groupes ayant été enfanté par ces 2 villes.

Choisir ses villes

Le principal intérêt de la série est non pas la quête du son par les Foo Fighters. Heureusement vu le résultat final mais bien l’aspect documentaire de l’exercice. Des histoires racontées dans chaque ville, revenant sur de simples anecdotes comme sur de vrais pans de l’histoire de la musique américaine. Voire l’histoire du pays tout court. Là où Sound City passait à côté de l’objectif du devoir de mémoire, la longueur du format Sonic Highways permet là d’en savoir plus et d’apprendre réellement sans cet aspect désagréable du zapping donnant l’impression de passer à côté de quelque chose. Le revers de la médaille, c’est l’inégalité des segments en fonction de l’intérêt naturel qu’on peut porter à un genre. Bye-bye Nashville et ta country, on n’en a pas grand-chose à cirer et ce troisième épisode mérite rien d’autre qu’un rapide coup d’oeil, malgré tout l’amour que nous portons à Dolly Parton. La meilleure manière de savoir quoi voir sur Sonic Highways est de regarder la liste des villes et leurs invités et de faire son marché. Voici donc notre sélection des meilleurs moments et anecdotes avant une potentielle suite, déjà évoquée plusieurs fois en 1 an et demi.

A l’instar de Sound City, on peut éprouver de la peine pour certains témoins. Comme ce pauvre Steve Albini qui visiblement aurait du mal à boucler certaines fins de mois alors qu’il a produit quelques albums de millionnaires. Sans rentrer dans les détails, un certain In Utero de Nirvana, les Pixies ou PJ Harvey font partie du tableau de chasse. Mais comme nous ne sommes pas des pleureuses, on ne gardera que les winners pour se consoler avec l’image récurrente de Rick Rubin tranquillou en position indienne dans sa villa au soleil, crinière au vent.

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“Le pont de ce morceau, tu vois, il était aussi long que ma terrasse !”

Dans les meilleurs épisodes, la charismatique Nouvelle-Orléans marque des points avec un lieu d’enregistrement magnifique, un point d’histoire sur Katrina et un Dave qu’il faut arracher à sa pinte de bière pour écouter la dernière trouvaille de Taylor Hawkins. Une partie de batterie adoptée par le patron avant de repartir en plier une au comptoir ! Une validation vite expédiée qui laisse à penser que le chanteur avait peut-être plus le coeur à sa mission d’intervieweur/réalisateur.
775645_STU_2014-04-26_86977-S “J’ai besoin d’une autre bière…”

Seattle, le grunge et tout le reste

Pour des raisons évidentes, Seattle est inévitable. Si la ville est un temple des 90’s et que l’on apprécie la présence des fondateurs de Sub Pop, l’incontournable passage sur Nirvana ou le trauma post suicide de Kurt Cobain, il y a aussi l’histoire de Robert Lang. Un mec totalement barge qui a creusé une colline à coups de pelle pour élargir son studio, pendant plus d’une dizaine d’années. Dans le même registre, c’est dans cette ville que réside les maquettes inabouties du premier album des Foo Fighters. Détenues par Barrett Jones, ces 40 pistes font l’objet d’un crash test assez drôle à voir dans la vidéo ci-dessous. Tout comme l’enregistrement à 4 mains des batteries de  “Subterranean”, Grohl s’occupant des cymbales et Hawkins des toms. Autre anecdote, sache que MacLeMore : oui, le mec qui ambiance ta meuf sur le dance-floor, est aussi originaire de Seattle. Un sol plus que fertile donc.

L.A ? What can I say ?

Los Angeles brasse un nombre improbable de groupes : The Runaways, The Doors, , les Eagles, Kiss, Motley Crue, les Guns’N’Roses, The Germs, Kyuss, QOTSA… Leurs existences dépendent pour la plupart de deux endroits : la ville et le désert. Dans la ville, on se concentre sur Sunset Boulevard et ses clubs emblématiques : le Roxy, le Troubadour et le Whiskey A Go Go. On rend visite à Rodney, animateur radio sur K-Roq sur le tard mais aussi gérant d’un club dans les années 70 qui a vu passé David Bowie, T-Rex, Iggy Pop et ses scarifications ainsi qu’une série interminable de groupes venues d’Angleterre. Un rapide panorama et on arrive sur un lieu ayant nourri les fantasmes de tout bon fan de stoner : le studio Rancho de la Luna. Avec Josh Homme et Dave Catching comme guides et quelques détails sur les Desert Sessions au passage.
L’une des histoires à retenir étant celle du suicide du chanteur des Germs. Accompagné entre autres à la guitare par Pat Smear, déjà là, il est motivé pour mettre fin à ses jours pour acquérir le statut de légende du rock. Pas de bol, le bonhomme se bute la veille… de l’assassinat de John Lennon et passe inaperçu.
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New-York I Love You but You’re bringing too much

New-York est aussi captivante par sa diversité. Après une introduction sur la funk, la soul, on glisse vers la folk des années 70, le hip-hop des années 80 et le pont entre tout est fait via l’ascension d’un certain Jimmy Shoes devenu Iovine. Co-fondateur de la société Beats et du label Interscope, il a commencé en tant qu’ingénieur du son et/ou producteur sur Born To Run de Springsteen, plusieurs albums de U2 mai aussi sur du John Lennon, Patti Smith, Dire Straits pour aller jusqu’à Gwen Stefani ou Lady Gaga. Pour en revenir aux chaussures, une pointure donc. Et surtout les studios Record Plant pouvaient abriter dans le même temps Lennon, Bowie et KISS.
D’autres lieux évoqués ? Les studios Electric Lady, nés via Jimi Hendrix et porté par Led Zeppelin, Bowie et où ce dernier reviendra accompagné de James Murphy des LCD Soundsystem pour enregistrer le morceau titre de Reflektor. Autre studio, autre nid à anecdotes avec The Magic Shop. Utilisé pour les 2 derniers disques de Bowie, il fut aussi choisi par des artistes comme Norah Jones, Coldplay ou les Cranberries. Hélas, le studio a fermé en février dernier : le gérant du studio n’ayant pas réussi à gagner une longue bataille contre le proprio de l’immeuble.
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Jimmy Iovine, un mix entre Mac DeMarco et Marty McFly
Sans rentrer dans les détails de chaque ville, la richesse musicale de la série est plaisante et surprenante. Les focus sur la naissance de genre comme le go-go de Chicago, le choix des interviewés, tout est assez documenté et intéressant même sans être un cramé de musicologie. Le seul frein est parfois le ton ronflant et pompeux que prennent certaines narrations mais on en fait assez vite abstraction.
“Un solide lot de compensation pour tout amoureux de la musique.”

Sonic Highways featuring The Foo Fighters

Au-delà du docu, on oublierait presque que les Foo Fighters sont la raison qui nous a mené ici. Hélas, serait-on tenté de dire. On le savait : l’album est mauvais mais les clips de fin d’épisodes sont comme chaque générique final de série en fait : zappés. L’ambiance au sein du groupe est assez particulière. Comme on pouvait le voir dans Back & Forth, seuls Grohl et Hawkins interagissent réellement entre eux. Ou c’est ce qu’on nous montre. Chris Shifflett est fantomatique, le très discret Nate Mendel intervient quand il faut mais pas trop. Quant au pantouflard Pat Smear toujours là pour se marrer, rebondir sur un riff, croquer dans le buffet en losedé mais rien de plus. En parallèle, l’indéboulonnable Butch Vig balance mollement des “it’s good” et “we got something”. Un statut de producteur/ marionnette qui peut aussi en dire long sur le degré d’exigence qui transparaît dans les deux derniers disques des Foos. Malgré tout, on nous vend un effort de groupe où tout le monde assiste dans un canapé à ce qui est écrit, joué, enregistré.
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Venez comme vous êtes : la devise des enregistrements des Foo’s
L’autre inconvénient de la série est aussi lié au discours du maître de cérémonie toujours sur le fil, entre l’admiration, l’enthousiasme et le discours tellement rabâché depuis Wasting Lights qu’on pourrait le dire à sa place. Oui, Dave, la musique c’est génial. Comme dirait ton pote, c’est même fucking awesome. Mais comme tu l’as dit 10 700 fois sur les 4 dernières années, tu pourrais parfois nous épargner. Mais l’instigateur du projet est aussi lourd par moments qu’il ne bluffe sur la forme. Le travail est là, l’emballage HBO est soigné et on apprend et s’intéresse avec plaisir quasiment sans trop bailler lors de ses 8 épisodes. Ca ne change pas la qualité de l’album mais c’est un solide lot de compensation pour tout amoureux de la musique rock et de musique en général.

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